Page:Renard - Huit jours a la campagne.djvu/16

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teur de sa poche et, le dos tourné à la maison, il le feuillette. Huit jours ici ! La vénérable grand’mère a raison ; c’est un farceur, mon ami Maurice. Depuis quatre ou cinq ans, il me tanne pour que j’aille le voir à sa campagne : « Viens, viens donc, me dit-il, c’est à deux pas, (des pas de cent kilomètres chacun) ; je te présenterai à ma chère famille qui te recevra comme mon frère, à ma bonne vieille grand’mère, à ma mère qui est la meilleure des femmes et à ma gentille petite sœur. » Cinq années de suite, je refuse énergiquement. J’invente des prétextes stupides qui, d’ailleurs, (j’aurais dû le remarquer,) prennent tous ; à la fin, brusquement, par caprice, comme personne n’y pense plus, je me décide, je m’annonce, je passe en wagon une mauvaise nuit, coûteuse, car j’ai pris une première pour avoir l’air chic, en tombant du train dans les bras de mes futurs amis, et j’arrive. Il n’y a pas un chat à la gare, et Maurice n’est même pas chez lui. Il n’y est pas, mais la bonne vieille grand’mère y est ; elle y est la meilleure des mères ; elle y est la gentille sœur. Pauvre petite ! au fond, elle l’est peut-être, gentille, mais il faudrait du temps pour le savoir, et je crois que je n’aurai pas le temps.


Scène VI

GEORGES, MARIE.



GEORGES. Marie sort de la cuisine et vient à lui ; il se lève.

Mademoiselle…


MARIE.

Monsieur, c’est ma grand’mère qui m’envoie vous demander lequel vous aimez mieux, le pain rassis ou le pain frais ?


GEORGES.

Votre grand’mère, mademoiselle ? elle est d’une prévenance… Je n’ai pas peur du pain frais.


MARIE.

Il n’y a que du pain rassis à la maison.


GEORGES.

Justement, je le préfère.


MARIE.

Mais le boulanger est au bout de la rue.


GEORGES.

Voulez-vous que j’y aille, mademoiselle ?