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le carnaval du mystère

vieux et obscur château de Cambdenham, propriété de notre affectionné Wickenhead, — dont bénie soit la cave incomparable ! — En dépit des flambeaux qui brûlaient sur les antiques et sombres tables luisantes, des ténèbres opiniâtres occupaient les hauteurs de la voûte ogivale ; et les galeries, à balustrade de bois sculpté, se perdaient dans une nuit rébarbative. En vain flambaient d’énormes bûches dans la cheminée monumentale ; de cela ne pouvait résulter que la danse fantastique des ombres sur les murailles.

Et tous — six que nous étions — embouchés de pipes où de cigares, et le verre en main, nous regardions tour à tour, à travers les vapeurs d’une délicieuse ébriété, Bloomstetter et Wickenhead, l’un parti d’un fou rire et l’autre si heureusement courtois.

— Par Dieu ! reprit Wickenhead, il n’est pas donné à tout le monde d’idolâtrer les vieux bouquins et de prendre son plaisir à les compulser jusqu’à l’aube. Hoop est un privilégié garçon, sur mon honneur !

— Une damnée farce ! répéta Bloomsstetter.

Puis il arrosa son rire d’une copieuse lampée de whisky. Et il fut violet, ou peu s’en faut.

Hillingworth, tout à fait froidement, dit alors, en levant les yeux en l’air et en balançant les jambes, qu’il avait toujours regretté, lui, vraiment, d’être si peu un homme à pape-