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le rail sanglant

paternelle !… Lucy, toute grisée des baisers de Simonson !… »

Il se leva de sa chaise, ébloui par un vertige noir. Une force de haine le dressait, sous le coup de lanière d’une souffrance atroce.

Un murmure métallique s’enflait au lointain. Une sonnerie se mit à trembloter, comme une présence surgie. Harding, rappelé au sentiment de ses fonctions, alla se poster sur le quai, pour le passage du convoi 28.

Le train retentissant chargeait l’obscurité. Il passa, dans un élan formidable qui semblait dévastateur, et s’enfonça vers l’est.

Le veilleur resta debout au bord de la voie, hébété, l’œil fixé sur le néant.

Le silence, alors, fut caressé par un appel très doux. Harding, en sursaut, tourna la tête… Simonson parlait en rêvant… Rentré, collé à la cloison, Harding discerna des mots sans suite :

— Lucy… Mon cher cœur…

Il y a des douleurs qui semblent refroidir tout votre sang, puis l’embraser. Harding serra les mâchoires pour ne pas rugir.

Mais, du levant, l’express 39 arrivait, précédant d’un quart d’heure le rapide 25, qu’il fallait faire bifurquer. Harding, une fois encore, sortit machinalement.

Quand ]a bourrasque du train eut balayé la paix de la station solitaire, il s’approcha du levier d’aiguillage.