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le rail sanglant

Les dents grincèrent. La nuit se balançait comme une mer houleuse. Harding revint vers la chambre. Le quai, sous ses pas, semblait se soulever puis s’abîmer, par l’effet d’un roulis inconcevable.

Il empoigna la hache d’incendie, fixée bien proprement auprès des extincteurs, et il l’arracha si violemment que les crochets sautèrent.

Les cris de Simonson redoublaient.

Harding, lourd comme une statue en marche, se dirigea de leur côté, titubant d’un rail à l’autre. Il étreignait le manche de la cognée avec une force qui lui engourdissait les doigts. Plus il s’aperçut que, de l’autre main, il portait le falot, et que le falot oscillait en tous sens.

Courir ! Ah ! bon Dieu ! Courir ! Terminer tout cela sans délai !… Pourtant, une éternité s’écoula ; un infini fut franchi. La voie prenait l’apparence d’une échelle gigantesque dont il fallait gravir les traverses, une à une.

Harding, les yeux rivés sur les ténèbres, guettait l’apparition de Simonson, la bouche ouverte, et criant.

Il le vit enfin, rejeté à l’écart, couché sur le dos et parfaitement immobile. Tout son sang avait coulé de ses poignets tranchés. Nul cadavre plus muet que celui-là… Mais Harding continuait à l’entendre crier. Debout auprès de la dépouille, et terrifié, le vivant écoutait le mort hurler dans sa tête !… Ses doigts sans force