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le carnaval du mystère

laissèrent tomber la hache, il sentit ses jambes se vider de toute chaleur, et tout à coup sa sueur, d’une poussée, le couvrit d’une eau glaciale.

Il secoua la tête, à la manière d’un cheval harcelé par une guêpe. Il fouilla cruellement ses oreilles, pour en faire sortir l’atroce clameur. Bast ! Simonson hurlait de plus belle, en plein cerveau.

Boire ! Boire ! Boire ! C’est cela ! Une bonne soûlée, et demain il n’y paraîtrait plus !

Harding revint en arrière à toute vitesse, portant les cris sous son crâne, comme Sindbad portait sur ses épaules le Vieux de la Montagne.

Et il but, à la régalade, un demi-litre de brandy.

Simonson, loin de se taire, cria plus fort.

L’autre but davantage. Il voulait s’assommer d’alcool et tomber, ivre-mort, sous le poids d’un sommeil écrasant.

Mais rien ne pouvait tuer la voix du fantôme sonore. Attachée au bourreau devenu victime, elle le ravageait… Il fuyait, à présent. Il allait de-ci de-là, trébuchant, tournant, affolé, bondissant, blessé dans des chutes nombreuses.

Tout fut perdu lorsque Harding commença de crier lui-même, pour tâcher de couvrir la voix du mort. Son supplice le lança dans une ronde terrible, parmi les obstacles du quai et