Page:Renard - Le carnaval du mystère, 1929.djvu/99

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CAMBRIOLE


Telle était la chambre : un « garni » dans toute sa laideur triste, à Montparnasse. Mobilier restreint, avili, complètement découragé.

Dedans, deux hommes et une femme.

Alfred, surnommé Freddy, les coudes sur la table, fumait une cigarette de luxe, dont sa bouche mouvante jouait sans répit. En face, blottie contre l’épaule de Bébert, Raymonde la puce sirotait un petit verre de fine, trempant dans l’alcool une langue pointue.

Elle, d’une élégance de barrière, spéciale et stricte, les hautes bottines rigoureusement lacées, la coiffure solide et artistique, tout endiamantée de peignes en simili. Eux, affran­chis de faux cols et de cravates ; nuque rasée ; mais nippés à la hauteur, de complets cintrés sentant l’étoffe encore.

Sur le tapis de table sordide, employé la nuit comme couverture de renfort et le matin comme torchon, une bouteille de grande fine-cham-