Page:Retté - Le Symbolisme. Anecdotes et souvenirs.djvu/178

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et ma tragédie. Il m’écouta sans mot dire, fourrageant dans sa chevelure, roulant des cigarettes — il ne m’en offrit aucune, — et surtout bâillant, toutes les trois minutes, de façon à se disloquer la mâchoire, si bien que je le jugeai fort mal élevé, opinion dans laquelle je me suis confirmé depuis.

Je terminai enfin en lui demandant ce que pouvait bien être cette Plume qui violait si impudemment les yeux des arrivants à la gare Saint-Lazare.

— Comment ! s’écria-t-il en sursaut, vous ne connaissez pas La Plume ? Mais à quoi vous occupez-vous donc là-bas, tas d’insulaires ?

J’avouai faiblement mon ignorance et à peine osai-je mentionner l’hypothèse de l’homme à casquette galonnée.

M. Retté se renversa dans son fauteuil et il éclata d’un énorme rire silencieux qui lui découvrait l’intérieur de la bouche jusqu’au fond du gosier.

Quand il eut repris son sérieux : « Cet homme m’apparaît un sage, me dit-il ; en vérité, La Plume, c’est un pudding. »

Sur quoi nous nous quittâmes, prenant rendez-vous pour le soir même.


***


Le soir, M. Retté me mena dîner en un petit restaurant voisin du théâtre de l’Odéon, et il poussa la