Page:Revue d’économie politique, 1887.djvu/25

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mour de la science. C’est ce même sentiment qui dictait à Bastiat une appréciation diamétralement opposée : « Qu’on enseigne l’économie politique comme on voudra, où l’on voudra, et que l’on choisisse qui l’on voudra pour l’enseigner, même le plus ignorant des hommes, même le moins disposé à penser comme les économistes, le résultat sera toujours excellent pour tout le monde ; car le professeur, nouveau dans la science, étudiera nécessairement les questions, et nécessairement il se rendra à l’évidence de ses lois, comme celui qui suit de déduction en déduction des théorèmes géométriques. »

J’avoue que ma préférence est pour le jugement tempéré qu’a porté sur cette question un homme dont on ne peut mettre en doute la sincérité et l’amour de la science, Joseph Garnier. M. de Laveleye lui avait écrit pour réclamer contre la manière inexacte dont le Journal des économistes avait résumé le discours par lui prononcé au banquet des économistes, à Rome, en janvier 1873. A ce propos, il exposait les divergences qui existent entre l’économie politique orthodoxe et la nouvelle école, et il arrivait à cette conclusion que le courant portait irrésistiblement vers la nouvelle école ; que l’orthodoxie n’était plus nulle part, et, passant en revue les conquêtes de la nouvelle école : « En France, disait-il, plusieurs des nouveaux professeurs d’économie politique nommés dans les Facultés de droit sont hérétiques. » Joseph Garnier reproche à M. de Laveleye de grossir outre mesure le bataillon des néo-économistes, et notamment d’y faire entrer les nouveaux professeurs des Facultés de droit. « À ce propos, dit-il, nous nous bornerons à faire remarquer à notre malicieux correspondant que la moitié de ces professeurs, ceux qui savent leur affaire, viennent de la vieille école, et que les autres sont entrain d’apprendre ce qu’ils doivent enseigner dans les livres de la vieille école[1]

Examinons maintenant la valeur de cette fin de non-recevoir : votre éducation scientifique, vos habitudes d’esprit vous rendent incapables de comprendre et d’enseigner l’économie politique. Sur quoi se fonde-t-on pour prononcer cette condamnation, j’allais dire cette proscription ? En quoi consistent ces habitudes qui auraient irrémédiablement faussé l’intelligence, comme certains tra-

  1. Journal des économistes de juin 1879, p. 445.