Page:Revue d’économie politique, 1900.djvu/15

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Say et Léon Walras. — Leurs discussions dans les journaux du temps sont très instructives, surtout quand on y ajoute les comptes rendus des séances de la « Société d’Économie politique de Paris » et les articles du Journal des Économistes où, dès cette époque, la coopération était traitée d’une façon assez méprisante et les trois tendances, même la plus modérée, à peu près pareillement excommuniées[1].

Mais ce second mouvement fut à son tour brusquement interrompu par la guerre de 1870, la sanglante émeute de la Commune et la dispersion générale des socialistes qui s’en suivit. Décidément les expérimentations coopératives n’avaient pas de chance en France !

Enfin, péniblement et laborieusement, comme l’araignée qui chaque fois qu’un coup de balai emporte sa toile la recommence — les coopérateurs survivants ont recommencé, il y a une quinzaine d’années, à reconstituer quelques associations de production et même à les réunir dans une sorte de fédération sous le nom de Chambre consultative des associations ouvrières (1884). Et ce mouvement, d’abord assez lent[2], tend à s’accélérer dans ces dernières années ; l’accroissement s’élève à plus de 60 pour ces deux dernières années[3], et je ne serais pas surpris que le Congrès des associations coopératives de production, qui doit se réunir pour l’Exposition universelle de Paris de 1900, ne révélât l’existence de près de 300 associations de ce genre.

Les causes de ce réveil ne sont pas très faciles à indiquer. Je crois cependant pouvoir citer — en dehors de la persistance de la vieille foi socialiste française dans l’émancipation de l’ouvrier par l’association libre, bien différente de la croyance collectiviste — certaines causes particulières, dont nous allons parler tout à l’heure : tout d’abord le succès de certaines de ces associations et la contagion de l’exemple, puis aussi un secours efficace et imprévu sous la forme de certaines subventions par l’État ou les particuliers.

  1. Voy. le Journal des Économistes de cette époque, et d’autre part le journal l’Associalion.
  2. Sur 122 associations qui font partie de cette fédération, il n’y en a que 12 dont l’existence soit antérieure à 1884.
  3. D’après la statistique de l’Office du Travail on en comptait :
    184 au 1er janvier 1897
    214 au 1er janvier 1898
    246 au 1er juillet 1899