Page:Revue de droit public - 1897 - A4T8.djvu/53

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par des vitres telle que l’a stipulée le cahier des charges de 1857-58, quand on réclame aujourd’hui leur chauffage en hiver, et qu’on se plaint à ce propos de la dureté des compagnies, on ne saisit pas leur vrai mobile. Si les voitures de 3e classe étaient assez confortables pour que beaucoup de voyageurs de 2e et quelques-uns de 1re y allassent, le produit net total, tel qu’il se compose d’après la théorie du monopole, serait abaissé. Et voilà tout ! Les compagnies n’ont de voitures de 3e classe que pour ne pas laisser échapper un grand nombre de voyageurs peu aisés qui, plutôt que de payer le prix de la 1re ou de la 2e, auraient continué à voyager en diligence. De même, elles ont des tarifs d’abonnements pour des voyageurs quotidiens qui, plutôt que de payer le tarif ordinaire, resteraient en ville au lieu d’aller demeurer à la campagne, des tarifs de trains de plaisir ou de voyages circulaires pour des voyageurs qui, sans ces réductions, ne voyageraient pas. Mais tous ces tarifs, bien entendu, sont encore de beaucoup au-dessus du prix de revient.

Toutefois, c’est surtout en ce qui concerne les tarifs de marchandises que s’applique notre observation ici, la classification a évidemment pour but de maintenir des prix multiples pour un même service ; car, à part quelques différences d’espace accordé en raison du volume, de soins donnés en raison de la nature, de risques courus en raison de la valeur de la marchandise, toutes circonstances qui ne justifieraient que des différences de prix insignifiantes, le transport d’une tonne d’une certaine marchandise et celui d’une tonne de quelque autre marchandise entre deux points donnés sont deux services identiques. Que l’on parcoure, aux cahiers des charges, la nomenclature des marchandises de chaque classe : spiritueux, bois de menuiserie, produits chimiques, gibier, sucre, café, tissus, objets manufacturés, dans la 1re, blés, grains, farines, bois à brûler, bois de charpente, cotons, laines, boissons, métaux, dans la 2e, houille, fumier et engrais, pierres, minerais, cailloux, sable, argile, briques, ardoises, dans la 3e ; on voit assez clairement que cette classification n’est fondée que sur le prix de ces matières, c’est-à-dire, en réalité, sur le sacrifice pécuniaire que les consommateurs sont disposés à faire pour les avoir à leur portée. « La diversité des prix, disait M. de Ruolz dans un rapport relatif à une réforme de tarifs, est la condition