Page:Revue de linguistique et de philologie comparée, tome 41.djvu/102

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III. Quelques noms de parenté et de sexualité

Je désire seulement ici attirer l’attention sur un certain nombre de mots fort intéressants. Ce qui m’a amené à y penser, c’est que, en ouvrant dernièrement un livre de prières en basque espagnol, j’ai remarqué une fois de plus le mot néo-latin donzella employé pour traduire « virgo » et je me suis demandé quel est le mot basque originel qui veut dire « vierge », s’il y en a un. À en croire Oihenart, ce serait neskaso, pour neska-oso « fille entière, intacte », mais cette étymologie est fort contestable, parce qu’elle est un peu métaphysique d’abord et ensuite parce que la terminaison so est plutôt augmentative, peut-être même péjorative ; enfin, parce que, selon toute probabilité, les Basques antiques, comme la plupart des populations primitives, n’appréciaient que médiocrement la virginité ; c’était pour eux sans doute un fait sans importance, plutôt désagréable, anormal et même déshonorant. La vraie distinction entre les femmes, dès qu’elles étaient sorties de l’enfance, dès qu’elles étaient nubiles, c’était la maternité ; de là les deux séries de mots : 1° « fille (vierge ou non) » neska, neskato, neskaso, neskatcha, neskatila, et 2° « femme, femelle, mère » eme, ema, ama, emakume, emazte, emazteki, et les dérivés emerdi « accouchée », emagin ou emain « sage-femme », proprement « celle qui fait mère », emezurtz « orphelin », c’est-à-dire « privé de mère » ; « femelle » en