Page:Revue de métaphysique et de morale, supplément 4, 1913.djvu/2

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vement les thèses fondamentales, à savoir d’abord l’existence d’une âme distincte et séparée du corps et, d’autre part, la réduction du corps à un système d’âmes subordonnées et hiérarchiquement organisées, chaque fonction physiologique étant dirigée par une monade intermédiaire entre les derniers éléments, du corps et l’âme pensante (ch. iii). Si maintenant on examine cette âme centrale elle-même, on découvre qu’elle est essentiellement volonté, puissance de changement, de création : l’efficacité en est, pour ainsi dire, sans limites. Car, si l’âme peut agir sur les monades qui composent son corps, mais qui d’ailleurs lui sont extérieures, pourquoi n’agirait-elle pas aussi bien sur celles qui constituent d’autres organismes, soit proches, soit lointains ? La preuve en est dans la télépathie, dans la guérison des maladies d’autrui par un simple acte de volonté, etc. (ch. iv). Enfin une métaphysique de la volonté (ch. v) essaie d’expliquer l’action que les âmes peuvent exercer l’une sur l’autre. Elles communiquent par un procédé dont nous avons l’expérience, si nous n’en pouvons rendre raison : l’inspiration, chacune n’étant capable d’agir sur une autre qu’autant qu’elle puise elle-même à une source supérieure. — Passant alors au point de vue pratique, l’auteur, ayant dénombré les conflits qui peuvent se produire entre volontés, (ch. vi), et les objets ou biens qu'elles peuvent ou doivent se proposer (ch. vii), aborde enfin les méthodes d’émancipation. Elles comportent d’abord une discipline négative (ch. viii), qui, par l’abstention de tout ce qui favorise la prépondérance du corps, en affranchit l’âme : pas d’alcool, de tabac, de thé, de viande ou de poisson ; le végétarisme avec réduction indéfinie de l’alimentation ; la chasteté poussée jusqu’à ses extrêmes limites et ne s’arrêtant que devant la crainte que l’humanité disparaisse (encore nous fait-on espérer qu’une chasteté absolue supprimerait la vieillesse et la mort) ; la suppression enfin de la colère et de la haine : voilà les conditions préalables de l’affranchissement. Ainsi libérés de notre corps, nous pouvons espérer créer en nous la vraie puissance qui étendra notre action indéfiniment dans l’espace et dans le temps, qui nous permettra de ressusciter le souvenir de nos existences antérieures, etc. La création de cette puissance est l’objet de la discipline positive











qui a été ébauchée par les Hindous et les j ascètes chrétiens (ch. ix), qui se présente, sous une forme moderne et chrétienne, à la fois dans le Messianisme..polonais


et dont lés recettes sont cherchées un peu confusément par un assez grand nombre de sectes- américaines (ch. xi). Un autre ouvrage nous donnera la synthèse et. l’adaptation de ces procédés à l’était- de notre science et à nos besoins’ actuels; M. Lutoslawski ne nous donne ici- (ch. xn),.que quelques indicatiohs très simples et très -générales (faire de. la gymnastique, apprendre à ralentir sa respiration,, etc.). qui semblent bien mesquines,eu. _égard aux. résultats que l’on se promet de, la discipline fondée sur ces bases,

Une haute inspiration morale et un ardent patriotisme, car l’affranchissement personnel est la condition de

l’affranchissement national, animent cet ouvrage et en rendent respectables et sympathiques les affirmations les plus /hasàrdées./Il y aurait bien à dire, en effet, d’un ’point de vue strictement soientifique ou -philosophique, sur. la méthode qui a présidé à l’élaboration de cette doctrine. L’auteur y fait sans cesse appel à l’expérience intime, à celle .de certains hommes privilégiés, qui n’est donc pas.

vérifiable pour tous, et en des matières

au surplus (pour affirmer, par exemple, ^immortalité de i’âme) où nulle expérience-intime ne peut être invoquée. Sa

for en cette^ expérience intime, ou intuiLion, est telle que bien souvent il donne comme évidentes les affirmations les plus extraordinaires. N’est-il pas persuadé que ,1a philosophie de la liberté, élaborée par Renouvier, Boutroux, Bergson, James, etc. leur a. été inspirée par le penseur polonais Çieszkôwski,. dont’il est vrai qu’ils n’ont jamais entendu parler, mais l’auteur croit, dans sa. foi inébranlable, « a. ̃ l’influencé delà vérité une fois pensée, indépendamment de son expression au dehors » (p. 84)? D’une façon générale, il tient l’illumination pour supérieure à la raison. « Depuis les Vedas, l’humanité » traverse une période où elle- cherche à reconquérir par la raison et l’expérience tout ce que l’intuition primitive avait ̃ réyélé. à nos ancêtres aryens » (p..72). Delà le faible ;de l’auteur pour les théosophies de tout ordre, pour l’occultisme ou .ces sectes sans nombre d’illuminés américains en quêtes de voies nouvelles vers la puissance, le bonheur, etc. C’est pourquoi. aussi, quelque usage qui soit fait ça et. là de ’la raison ou de l’expérience commune, nous ne pouvons voir

dans ç.ette doctrine un système philosophique qui .s’ignorait à l’examen, mais une religion, une foi qui sollicite l’adhésion sans se prêter .à. la, discussion.. La Philosophie de l’Intuition, essai ħ