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SOUVENIRS DU BRÉSIL.

décision d’un moment. Dans cette position critique, il ne convoqua point de conseil ; avec l’énergie calme de son caractère, il contempla l’orage sans s’en effrayer, et sauva son trône par une admirable fermeté. Trois ou quatre régimens d’infanterie, et quelques troupes de cavalerie et d’artillerie, se trouvaient casernés dans le voisinage. Les réunir, les haranguer, se mettre à leur tête et marcher contre l’assemblée, fut pour l’Empereur une affaire aussi rapidement exécutée que conçue.

On connut promptement dans la ville la détermination de don Pèdre. Une sensation indéfinissable de crainte se répandit chez les Braziliens ; les rues étaient désertes, un silence pareil à celui de la mort régnait de tous côtés. Un groupe d’officiers anglais, avec toute la diablerie de leur âge et de leur profession, restait seul spectateur de la scène qui allait avoir lieu. Bientôt le bruit des tambours et les pas mesurés de l’infanterie se firent entendre. La colonne de troupes déboucha par la rue principale, s’avança au pas accéléré et se forma en ligne sur la place où était située la chambre des cortès. Don Pèdre marchait en tête avec son état-major et une escorte peu nombreuse. La contenance de l’Empereur annonçait une froide détermination. En passant près de nous, il nous rendit notre salut avec affabilité. Il s’arrêta ensuite devant le palais, plaça des détachemens dans toutes les rues voisines, et fit pointer quatre pièces d’artillerie contre l’entrée principale. Ces arrangemens terminés, il envoya son aide-de-camp, le général Moraes, dissoudre l’assemblée, et déclarer la constitution abolie.

Les cortès s’étaient trompées profondément sur le caractère de leur prince. Croyant surprendre le lion dans sa tanière, il le trouvèrent préparé au combat ; la décision prompte et inattendue de l’Empereur les consterna. Les pas du général interrompirent seuls le silence de la chambre, naguère si bruyante. Il entra, et annonça avec une voix de tonnerre la