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VARIÉTÉS.

C’est au village de Hitou que M. Bl… voulait établir un dépôt de marchandises pour l’approvisionnement de la contrée. Avant déjà commercé en Cazamance, il s’était fait de nombreux amis à Hitou, et il espérait, grâce à leur influence, obtenir de la petite république l’autorisation nécessaire à son projet. Après m’avoir complaisamment conduit en bateau jusqu’à huit lieues dans l’intérieur, pour faciliter mes herborisations, il me ramena avec lui à Hitou.

J’ignore si d’autres liens que ceux d’un langage uniforme et d’une origine commune unissent entre eux les divers groupes de population distribués en villages plus ou moins considérables sur les rives de la Cazamance ; il est du moins certain qu’ils ne reconnaissent point de roi ni de chef quel qu’il soit.

Les villages conservent également, chacun en son particulier, la même indépendance, nul maître, nul officier municipal n’y exerce une autorité quelconque ; une démocratie pure forme l’essence de leur gouvernement. Les affaires publiques peu nombreuses, peu importantes chez un peuple dont les besoins sont circonscrits et les habitudes tranquilles, se traitent toutes en palabre ou assemblée générale.

C’est à la décision d’une telle assemblée que M. Bl… devait soumettre son projet, de bâtir, sur le territoire de Hitou, une case provisoire pour le dépôt de ses marchandises. Se conformant à l’usage local, il fit part de son dessein aux amis qu’il avait dans le village dont il parle la langue avec une grande facilité ; ceux-ci le communiquèrent à leur tour à leurs connaissances, et de proche en proche la nouvelle en fut répandue dans toute la communauté. Un jour fut choisi pour délibérer sur la réponse à faire au négociant blanc, réponse dont, au reste, tout semblait présager le sens favorable. Suivant la coutume, on fit provision de vin de palme fermenté, et au jour indiqué, j’accompagnai M. Bl… au lieu de l’assemblée, sorte de vaste