Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 5.djvu/28

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cette conséquence logique, n’est-ce pas le désespoir de ceux qui la hâtent et la forcent à leur insu.

Mais, quand même on s’accommoderait de cette conséquence, il ne faut guère compter, si la France se laissait dépouiller de son fardeau d’honneur, et venait à se lasser de sa mission sociale, que personne ne se trouverait pour recueillir son héritage, et que, s’il nous plaisait de perdre notre place, l’humanité manquerait d’organe pour cela. Il est un pays qui nous a toujours trompés dans notre jugement. Toujours nous l’avons cherché à un demi-siècle de distance de la place où il était réellement, tant son génie est peu conforme au nôtre, et nous donne peu de prise pour le connaître au fond. Son mouvement sourd et intime se dérobe incessamment à nous, et ne se laisse apercevoir que longtemps après qu’il est fini. C’est le mouvement des nations germaniques. Pendant un demi-siècle, nous les avons crues occupées à imiter la France, et courbées sous notre joug, quand déjà elles avaient fonde une reforme philosophique qui devait plus tard nous envahir et saper nos propres traditions. Aujourd’hui il se passe quelque chose d’absolument semblable. Si nous nous représentons l’Allemagne, c’est encore l’Allemagne de madame de Staël, l’Allemagne d’il y a cinquante ans, un pays d’extase, un rêve continuel, une science qui se cherche toujours, un enivrement de théorie, tout le génie d’un peuple noyé dans l’infini, voilà pour les classes éclairées ; puis des sympathies romanesques, un enthousiasme toujours prêt, un don-quichotisme cosmopolite, voilà pour les générations nouvelles ; puis l’abnégation du piétisme, le renoncement à l’influence sociale, la satisfaction d’un bien-être mystique, le travail des sectes religieuses, du bonheur et des fêtes à vil prix, une vie de patriarche, des destinées qui coulent sans bruit, comme les flots du Rhin et du Danube, mais point de centre nulle part, point de lien, point de désir, point d’esprit public, point de force nationale, voilà pour le fond du pays. Par malheur tout cela est changé.

Comme la révolution française a constitué dans l’état les théories flottantes du dix-huitième siècle, ainsi les nations germaniques