Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 7.djvu/117

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aperçu la servante qui allait au marché, il l’appela, la pria de lui rendre un service, et en parlant ainsi, il tira de sa bourse six gros, et dit : « Avec cela, achète ce qui te fera envie. » La servante bien satisfaite prit l’argent et demanda : Que voulez-vous de moi ? — Je te prie de me recommander à madame Nicolossa, de lui dire de ma part que je ne désire d’autre bien au monde qu’elle, et qu’il lui plaise d’avoir pitié de moi. — Comment pourrai-je jamais lui tenir un tel discours ? Vous savez bien que son mari est votre ennemi. — Ne te mets pas en peine de cela, parle-lui seulement, et aie soin de me faire connaître sa réponse. — Cela sera fait.

À quelque temps de là, il se trouva qu’un jour la dame et sa servante étant ensemble à la fenêtre, la servante poussa un grand soupir ; alors la dame dit : Qu’as-tu ? — Madame je ne n’ai rien. — Je veux que tu t’expliques, parce qu’on ne soupire pas ainsi sans raison. — Madame… pardonnez-moi… je ne pourrai jamais vous le dire. — Si, tu le diras, autrement tu sauras ce que c’est que ma colère. — Puisque vous voulez absolument que je vous le dise, je vous le dirai. La vérité est que ce Buondelmonte qui loge en face, m’a plusieurs fois priée de vous faire un message de sa part, et que je n’ai jamais osé vous en dire un mot. — Eh bien ! que t’a dit ce maudit homme ? — Il m’a dit de vous dire qu’il n’y avait pas une personne au monde à laquelle il voulût tant de bien qu’à vous ; qu’il n’y a pas de chose qu’il ne fît pour vous, tant l’amour qu’il vous porte est grand, et qu’il attend de votre bon plaisir que vous le preniez pour votre plus fidèle serviteur, parce qu’il n’y a que vous à qui il veuille obéir. — Eh bien ! dit alors la dame, ne manque pas, s’il te parle encore, de lui dire nettement de ne plus venir nous conter de semblables sornettes, d’autant plus que tu sais bien qu’il est ennemi de mon mari.

La servante, sans perdre de temps, sortit de la maison, fit signe à Buondelmonte, et lui dit : — Voici le fait, elle ne veut pas entendre parler de vous ? — Eh ! ne t’étonne pas de tout ceci ; les femmes en agissent toujours ainsi dans le premier moment. Mais fais en sorte, à la première bonne occasion, et quand