Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 7.djvu/118

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elle sera bien disposée, de lui redire que je deviens fou d’amour pour elle ; va, va, et je te promets de te faire porter une plus belle robe que celle que tu as. — C’est bon, laissez-moi faire.

L’occasion de faire son message se présenta bientôt. Plusieurs jours après, comme madame Nicolossa devait aller à une fête et que sa servante l’aidait à faire sa toilette, la conversation s’engagea de cette manière entre elles : — Eh bien ! dit la dame, est-ce que ce maudit homme ne t’a plus rien dit ? Aussitôt la servante se mit à pleurer, disant : J’aurais dû mourir le jour et l’heure où je suis venue dans cette maison ! — Et pourquoi ? — Parce que Buondelmonte m’assiège de tous côtés ; que je ne puis aller ni m’arrêter dans aucun lieu, qu’il ne soit à mes trousses, étendant les bras pour m’empêcher de le fuir, et me priant de vous dire qu’il se consume et meurt d’amour pour vous ; qu’il n’a de bonheur que quand il vous entend, vous voit, ou quand il entend parler de vous. Enfin, je n’ai jamais rien vu de si digne de pitié que lui, si bien que je ne saurais vous dire autre chose que de vous supplier, au nom de Dieu, de me débarrasser de ce tourment, ou de me donner la permission de m’en aller, car la vie me pèse, et je me tuerai moi-même pour me tirer d’angoisse. Car il sait si bien me prier, avec tant de gentillesse, que je n’imagine pas qu’on puisse lui dire non, et je voudrais bien qu’il fût possible que vous l’entendissiez une seule fois, afin que vous eussiez l’assurance si je dis vrai ou non. — Ainsi, à t’entendre, reprit la dame, il est fou d’amour pour moi ? — Cent fois plus que je ne puis vous l’exprimer. — Eh bien ! donc, la première fois qu’il t’adressera la parole, dis-lui, de ma part, qu’il m’envoie une robe de ce drap que portait ce matin Fiametta à l’église. — Oui, madame, je lui dirai, et à peine la servante eût-elle vu partir sa maîtresse pour la fête, qu’elle sortit elle-même de la maison, alla droit à Buondelmonte, auquel elle apprit ce que la dame avait dit ; la servante ajouta : Si tu es prudent, tu dois savoir ce que tu as à faire ; Buondelmonte lui répondit : Laisse-moi faire, et que Dieu t’accompagne. Aussitôt il fit lever une pièce du drap demandé pour une robe, et après l’avoir fait décatir, il courut prévenir la servante et