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dernier essai de guerre civile est décisif contre la princesse. La révolution n’est plus possible en France au profit de la branche aînée. Il n’y aura point de troisième restauration.

Cependant quatre personnages importans, quatre hommes honorables, mais bien connus par leurs sympathies pour la dynastie déchue, ont été mis dernièrement en état d’arrestation. Ce sont MM. Berryer fils, Fitz-James, Hyde de Neuville et Châteaubriand. Ils sont accusés, dit-on, de je ne sais quel mystérieux complot en faveur de Henri V. Ils auraient fait partie d’une régence dont l’auteur des Martyrs eût été le président. En vérité, je ne crois point que de l’instruction qui se poursuit à propos de cette conspiration, il résulte contre ces messieurs aucune charge sérieuse. Des hommes de parti de leur expérience et de leur habileté ne choisissent guère ainsi d’avance tels ou tels rôles. Il savent bien que, le cas échéant, les premiers leur sont de droit attribués. Nous souhaitons sincèrement, quant à nous, que ces grands coupables soient au plus tôt absous et rendus à la liberté. Quoi qu’il en soit, M. de Châteaubriand dont les persécutions ne tarissent point la verve, paraît subir très philosophiquement sa captivité. Il a, dit-on, emporté son dictionnaire des rimes à la conciergerie, et c’est de là qu’il nous adresse des vers auxquels nous préférons assurément sa prose, mais que nous ne pouvons en conscience nous empêcher de trouver beaux, puisqu’il semble y tenir si fort ; puisque, d’ailleurs, ainsi que leur commentaire, ils sont datés de la préfecture de police.

Au surplus, ce procès politique n’est malheureusement pas le seul que l’on instruise en ce moment. Sous le régime exceptionnel de l’état de siége qui se maintient à Paris et dans les départemens de l’Ouest, déjà plusieurs condamnations capitales viennent d’être prononcées par les conseils de guerre contre des carlistes et des républicains. Beaucoup d’autres peut-être seront prononcées encore. Nous savons bien qu’on ne les exécutera point, et que ce sang demandé par les cours martiales ne sera pas versé, qu’il ne peut l’être. Nous savons bien qu’après les jugemens rendus, une amnistie interviendra. N’est-ce pas néanmoins déplorable qu’en des temps comme les nôtres, en un