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d’un billet du centre, au moyen duquel nous, très profanes et très indignes, nous avons été admis tout près du sanctuaire, tout près du groupe sacré des académiciens que nous avons au moins eu le loisir d’observer et d’examiner à notre souhait.

Bien que l’on nous eût menacés d’une grande affluence, insoucians et paresseux que nous sommes, nous n’en avions été que médiocrement effrayés ; et sans nous être aucunement pressés, arrivant seulement un peu avant l’ouverture de la séance, nous avons encore vraiment trouvé moyen de nous placer commodément et fort à l’aise. C’est que le temps n’est plus où pour entrer dans la salle de l’Institut, on faisait queue jusque sur le ponts des Arts. Ce n’est pas au moins la faute de l’Académie. Elle reçoit toujours ses invités avec la même politesse et le même cérémonial. Elle a toujours des huissiers galans et coquets qui savent gracieusement donner la main aux dames. Mais que voulez-vous ? Ce ne sont pas seulement les dieux et les rois qui s’en vont ; c’est l’Académie aussi.

Quoi qu’il en soit, jusqu’à son dernier souffle, l’Académie restera sans doute au grand complet, et rigoureusement fidèle à ses statuts. Elle nomme donc et reçoit encore des académiciens en l’an de grâce 1832, absolument de la même façon que dans le siècle passé. Et c’est absolument aussi de la même façon que chaque académicien nouvellement nommé doit, le jour de sa réception, faire l’éloge de son prédécesseur. M. Jay, comme l’on pense bien, n’était pas homme à lutter contre de si respectables traditions. C’est ainsi qu’il a loué en conscience et de son mieux M. l’abbé de Montesquiou, qui ne fut, a-t-il dit entr’autres choses, ni tout-à-fait homme d’église, ni tout-à-fait homme de cour. Louange ingénieuse autant que singulière ! M. l’abbé de Montesquiou n’était pas non plus tout-à-fait homme de lettres, ni tout-à-fait homme d’état ! Il n’était pas même, de son propre aveu, tout-à-fait académicien. Qu’était-ce donc que M. l’abbé de Montesquiou ? Les historiens futurs de l’Académie résoudront peut-être cette importante question que M. Jay n’a pas, selon nous, suffisamment éclaircie. Au surplus, par son style calme et tempéré qui ne rappelait pas mal celui des meilleurs articles du