Page:Revue des Deux Mondes - 1834 - tome 4.djvu/775

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


second acte, dans la grande scène où le prêtre lui remet la couronne et l’épée, et surtout dans le duo avec Sémiramis. Certes, Mlle Brambilla ne nous fera pas oublier Mme Malibran, je ne pense pas qu’elle ait jamais eu cette prétention ; mais elle aidera puissamment le théâtre dans l’exécution de plusieurs ouvrages où son genre de voix est indispensable, et sera toujours entendue avec plaisir après Lablache, Rubini et Giulia Grisi, ce qui n’est pas un médiocre honneur pour une cantatrice. Tamburini chante la partie d’Assur avec un art merveilleux ; cependant il me semble que ce rôle, par son importance dramatique et sa gravité solennelle, convient mieux au talent de Lablache. Tamburini cherche ses effets dans l’agilité miraculeuse de sa voix, et certes il en obtient d’inconcevables ; mais il n’a pas, comme son rival, la force et la vertu tragique. Dans la dernière scène avec chœurs, Lablache, par l’élévation de son geste, la puissance de l’organe et sa démarche auguste et solennelle, laissait une impression de terreur plus profonde, Mlle Grisi chante l’andante de sa cavatine avec une finesse exquise. Tous les ornemens qu’elle y sème sont délicatement choisis. Dans le duo du second acte, sa voix jaillit et monte avec une force, une limpidité sans égale. Durant tout le cours de la représentation, elle s’est maintenue à la hauteur où l’avait placée Anna Bolena, c’est-à-dire qu’elle a grandi ; car plus la musique est belle, plus il revient de gloire au chanteur qui l’exécute dignement. S’il arrive jamais à Giulia Grisi de chanter Anna de Mozart, comme elle a chanté Sémiramis de Rossini, elle aura pris sa place à côté de Mlle Sontag.


H. W.