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faut que le pouvoir populaire résiste fièrement à cette violation des droits posés par la constitution des deux pays.

Six heures du soir. — Le maréchal Soult n’est pas encore arrivé. M. Sébastiani, dont on avait annoncé ce matin le retour à Paris, est retenu à Douvres par les vents contraires ; mais le roi a reçu de ses nouvelles. M. Sébastiani refuse positivement de faire partie d’un cabinet, et de se charger de sa formation. Il demande à retourner au plus tôt à son poste, à Londres. Il ne reste donc plus que la combinaison du maréchal Soult, sous lequel, à l’heure où nous écrivons, M. Molé et M. Dupin sont moins disposés que jamais à accepter un portefeuille.

M. Thiers a laissé voir, ce matin, de nouvelles prétentions au ministère des affaires étrangères, et M. Guizot ne paraissait pas éloigné d’accepter le portefeuille de l’intérieur, même sans la présidence de M. de Broglie.


THEATRES.

LE CHATTERTON de M. de Vigny obtient décidément au Théâtre-Français un succès beaucoup plus grand que n’eussent permis de l’augurer les jugemens de la critique. On se souvient en effet que, lors de la représentation de cette pièce, la critique, tout en constatant le fait de la réussite, se montra, pour son compte, sévère et difficile, et éleva, contre le mérite de cette œuvre dramatique, d’assez graves objections. Nos lecteurs n’ont pas oublié sans doute la thèse développée dans notre dernier numéro par l’un de nos collaborateurs ; sans prétendre le moins du monde revenir sur ce qui a été dit alors, nous sommes bien aises néanmoins de nous expliquer sur le démenti donné, par un succès soutenu, aux prédictions fâcheuses de quelques-uns des juges les plus exercés de l’art.

On a fait du drame de M. de Vigny des critiques sérieuses. On a remarqué qu’entre Chatterton et Kitty-Bell l’action ne se nouait pas ; qu’il y avait entre eux une explication toujours imminente et toujours ajournée, de telle sorte qu’entre les deux acteurs principaux le drame restait suspendu, et que les ressorts ordinaires de l’intérêt n’étaient pas mis en mouvement. On a dit en conséquence que ce n’était pas un drame, mais une élégie, plutôt faite pour la lecture que pour la scène. Voilà ce qu’on a dit, et ce que, sauf quelques restrictions dans les termes, peu de personnes ont contesté.

Et avec tout cela la pièce a réussi. Le public a applaudi, il a fait mieux, il a pleuré, et il y retourne avec persévérance. Qui a tort ? Est-ce le public ? est-ce la critique ?

Pour nous, nous l’avouons, en matière de théâtre, le public est juge