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de singulières alliances de noms et d’œuvres ; par exemple, il place sur la même ligne le mélodrame des Deux Forçats et Notre-Dame de Paris. Quelques-uns des reproches qu’il nous adresse sont justes et mérités ; mais il aurait pu les copier depuis dix ans dans nos propres journaux : sa critique n’en eût pas été plus mauvaise. Peut-être y eût-elle gagné de la verdeur et du mordant. Cela fait peine à dire, mais nous ne pouvons le taire : la malice de M. Tieck n’est plus, ainsi que son esprit, qu’une lame sans pointe ni tranchant, et qui n’a conservé de l’acier que le froid, le poli et l’acide.


TRANSATLANTISHCE SKIZREN {Esquises transatlantiques). 2 v. in-12, Zurich.

Voici un écrivain qui n’a pas la prétention de marcher à la tête de la littérature allemande, pour toutes sortes de raisons, dont la première est qu’il habite l’Amérique. Néanmoins il peint le monde et la société avec un naturel parfait et même avec beaucoup d’esprit. On sent l’homme de la vie pratique qui emploie très bien l’humour propre aux pays septentrionaux. Et puis, il n’a pas de parti pris : il est bien un peu fier de sa qualité de citoyen des États-Unis, et nous plaint de languir en Europe sous des tyrans dont beaucoup d’entre nous ne s’inquiètent guère ; mais il fait encore assez bon marché de sa patrie transatlantique. La forme de l’ouvrage n’est pas usée, que je sache. C’est un roman et un voyage tout à la fois. Le héros, aristocrate possesseur d’une cinquantaine de nègres, revient de New-York, où il a manqué un mariage, pour en manquer encore d’autres sur la route, et chemin faisant, il peint les pays qu’il parcourt et les scènes de la vie sociale et politique auxquelles il se trouve mêlé. On connaît déjà quelques tableaux de ce genre, mais personne, dans un ouvrage sur l’Amérique, n’avait encore accusé d’inexactitude Cooper, qui nous semble juge en dernier ressort en cette matière. C’est ce que fait pourtant l’auteur anonyme, et d’une manière fort intéressante. Il s’agit d’une race d’hommes type, des trappeurs. Il est curieux de comparer avec le tableau fantastique de Cooper le portrait qui suit, sauvagement crayonné par l’anonyme.

« Il y a, dit-il, dans ces immenses déserts de prairies quelque chose qui élève l’ame, et lui donne, pour ainsi dire, de la vigueur et du nerf, tout autant qu’au corps. Là, régnent le cheval sauvage et le bison, et le loup et l’ours, et les serpens sans nombre, et le trappeur qui les surpasse tous en férocité : non pas le vieux trappeur de Cooper, qui de sa vie n’en a vu un seul, mais le vrai trappeur qui pourrait fournir le sujet de romans faits pour inspirer le plus énergique enthousiasme.