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rendre, d’imiter la nature ; entre la réalité elle-même et le résultat le plus faible et le plus vague de l’imitation, il existe une foule de degrés, une longue échelle, une gamme progressive ; dans cette gamme, chaque homme, chaque temps choisit son diapason, et si rien à l’entour ne donne l’exemple d’un degré plus élevé, si faible que soit le produit de l’imitation, l’œil s’y habitue, s’en contente et n’imagine rien de mieux ni de plus fort. On serait tenté de croire qu’il suffirait des ouvrages anciens pour donner à chaque homme le sentiment de sa faiblesse relative. Mais l’expérience démontre qu’une cause, en apparence si puissante, n’agit point efficacement. En Italie, indépendamment de tout autre motif, la proportion décroissante du mérite des peintres a été accompagnée de l’affaiblissement graduel du diapason. Depuis le Guide jusqu’à Camuccini, en passant par Carle Maratte, Battoni, Appiani et les autres, le délavement des teintes et l’effacement du modelé ont toujours été en croissant. Or, les hommes qui subissaient cette dépression avaient sous les yeux la Madonne de Foligno et le saint Jean de la tribune de Florence. On a songé bien avant David à refaire de la peinture d’après l’antique et les maîtres : d’où vient néanmoins que, sur le continent, la vraie renaissance de la peinture ne commence qu’à David ? c’est que David a relevé le premier le diapason de la peinture. Il a copié Valentin avant d’imiter le Faune à l’enfant ou l’Achille Borghèse. Cette qualité indispensable, on l’appelle d’ordinaire l’exécution ; mais l’expression n’est pas juste, si elle induit à confondre l’exécution d’atelier avec l’imitation forte de la nature. Dans l’atelier, la convention, le lazzi, se substituent sans cesse, sous le pinceau, à l’imitation du modèle ; on peut avoir une exécution d’atelier foudroyante, et n’arriver à produire que de la peinture fausse et incomplète.

J’en prendrai dans l’exposition actuelle un exemple vraiment illustre. M. Gros a exposé un énorme tableau et une petite toile. Sur l’un, vous voyez, ou plutôt vous êtes invité à voir Hercule livrant Diomède à ses propres chevaux qui le dévorent ; sur l’autre, c’est Acis et Galatée qui se mettent dans une grotte à l’abri des poursuites de Polyphème. Le public, qui n’a plus la clef de la peinture mythologique de M. Gros, s’afflige et se compose comme devant une grande ruine ; il semble qu’on ne voie plus qu’un fantôme