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obstruer singulièrement l’édifice. Et, en effet, ne voyons-nous pas que c’est de ce côté que se trouvent tous les embarras de la Porte, et que de là, sans doute, viendra la cause réelle de la ruine de l’empire turc, si elle doit avoir lieu.

Après cette mémorable discussion, qui aura du moins pour résultat d’apprendre à la France tout entière quels immenses intérêts français se rattachent à la question d’Orient, la chambre a passé à la discussion des chemins de fer et de plusieurs projets de loi exclusivement industriels. Dans ces différentes discussions, le ministère a montré beaucoup plus de sollicitude pour les petites questions que pour les grandes ; nous avons vu M. Dufaure, notamment, combattre avec ardeur pour le chemin de fer de Versailles et abandonner le chemin de fer du Hâvre. La chambre elle-même, sans direction, suivie pas à pas par le ministère qui s’étudie dans les commissions à flatter ses penchans, n’a pas trouvé le temps d’examiner et de discuter la question des sucres, celle des canaux et de l’amélioration des ports ; mais ses commissions trouvent le temps de s’occuper longuement de la grande question du remplacement de l’effigie de Henri IV par celle de Napoléon sur la décoration de la philosophique, et elle donne des séances entières à de misérables débats sur quelques souscriptions littéraires, débats mêlés de calomnies et de mensonges, et suscités par de pauvres animosités. M. de Salvandy a été particulièrement l’objet des attaques qui ont eu lieu dans la dernière séance de la chambre. Nous le félicitons à la fois et de la manière dont il a été attaqué, et de la manière dont il a su se défendre. Un député l’avait accusé injustement, la veille, d’avoir souscrit aux Mémoires du Diable. Hier, il lui a reproché d’autres souscriptions à quelques recueils plus littéraires que politiques. M. de Salvandy n’avait qu’à lire la lettre par laquelle il imposait à ces recueils des conditions toutes favorables à la propagation des sciences et des notions de civilisation, pour enlever l’approbation de la chambre. M. de Salvandy a préféré dédaigner des attaques sans portée, et son exemple doit être suivi. Quant au reproche d’avoir dépassé ses crédits, M. de Salvandy s’était refusé la satisfaction que se procurent chaque jour les ministres actuels ; il n’avait pas voulu se défendre en déclarant que son prédécesseur lui avait légué pour 600,000 francs d’engagemens. La discussion a amené d’elle-même l’éclaircissement de ce fait ; il est resté démontré que l’accusation avait grossi de moitié des actes d’ailleurs très honorables, et en même temps on a été forcé de reconnaître toute la délicatesse et la loyauté de l’homme politique qu’on attaquait. M. de Salvandy et ses collègues ont donné déjà plus d’une fois l’exemple des égards que se doivent les hommes qui ont participé à différentes époques au pouvoir ; mais malheureusement cet exemple n’a pas profité aux ministres actuels, qui semblent encore faire de l’opposition par habitude contre ceux à qui, par habitude aussi, ils donnent à la tribune le titre de ministres.



V. de Mars.