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entre la bataille de Salamine et la soumission d’Égine à Athènes qu’il faut placer non-seulement la réédification du temple de Jupiter Panhellénien, mais encore l’exécution des statues de son fronton. La Minerve qui démontre, à mes yeux, l’évidence de cette conjecture, me sert en même temps à repousser celle par laquelle M. Mueller prétend reconnaître dans ces fragmens la représentation de la bataille de Salamine. Si bien réconciliés que les Éginètes fussent alors avec les Athéniens, peut-on penser qu’ayant été proclamés par la Grèce entière comme les plus braves et les plus influens dans cette glorieuse journée, ils aient poussé la modestie jusqu’à rapporter sur le front de leur temple tout l’hommage de la victoire à Minerve, le vivant symbole de leurs rivaux naturels ? Qu’ils aient trouvé un moyen d’en rendre honneur à la fois à Minerve et aux Éacides, c’est ce qui se comprend et ce que l’hypothèse des savans de Munich explique ; mais qu’ils aient oublié les Éacides, qui avaient pourtant décidé du sort de la bataille aux yeux de tous les Hellènes, et qu’ils ne se soient souvenus que de Minerve, c’est ce qu’on ne fera croire à personne. M. Mueller était parti de ce point que Télamon et Ajax n’étaient point des descendans d’Éaque ; ainsi il a été conduit à nier, contre la similitude de tous les monumens de l’art grec, que le fronton du Panhellénion représentât le combat d’Ajax sur le corps de Patrocle.


VI. – NOUVELLE THEORIE DE L’ART GREC.

Est-ce à dire que l’art éginétique n’ait pas survécu à la ruine d’Égine, qu’il n’ait eu aucune influence sur le développement ultérieur de l’art grec, et qu’il soit demeuré comme une semence originale étouffée dans son germe ? Nous ne le pensons pas. L’opinion s’est répandue parmi les savans d’Angleterre que le nom d’éginétique s’appliquait non-seulement aux œuvres de l’école d’Égine, mais encore à celles de l’école de Sicyone et de l’école de Corinthe. Si on se rangeait à cet avis, on reconnaîtrait une postérité féconde et sans doute assez illustre à l’art né dans les ateliers de la petite île grecque. Mais cet art a eu des conséquences encore plus importantes dont il me semble que quelques-unes sont restées ignorées jusqu’à ce jour. J’essaierai de les exposer, pour montrer comment les marbres de la Glyptothèque ont renouvelé la théorie et l’histoire de l’art grec.

Indépendamment de l’AEginéticorum liber, et de l’Histoire des Doriens, M. Otfried Mueller a publié trois dissertations sur Phidias. La première, qui est relatives à la biographie du sculpteur athénien,