Page:Revue des Deux Mondes - 1839 - tome 20.djvu/44

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être facile ou n’avait été qu’indifférent. Melanchthon avait enseigné, dans son écrit, que la pénitence commence par la crainte de Dieu ; c’était contraire à la doctrine de Luther, qui la faisait naître de l’amour de la justice. Luther admettait bien une crainte filiale, consistant à craindre Dieu pour lui-même, ce qui semble étrange et vague. Melanchthon laissait subsister la crainte servile, enseignée par l’église catholique, et qui consiste à avoir peur des peines que Dieu réserve aux coupables. Par ce premier dissentiment, on peut juger tout d’abord, et pour l’avenir, de l’esprit de la théologie de Melanchthon. Luther, trop orgueilleux pour songer à persuader, n’évitait pas la métaphysique la plus subtile. Il se souciait plus d’étonner ou d’accabler les intelligences, que d’y condescendre et de s’y établir de leur gré. Cette dernière pratique, au contraire, était celle de Melanchthon ; aussi, dans la question en litige, avait-il préféré avec raison, à une maxime ardue et inaccessible, à cette pénitence sophistique qui naît de l’amour de la justice, la maxime commune que la pénitence commence à la crainte des châtimens : « J’ai jugé, dit-il dans une lettre à Agricola, admirable de modération et de clarté, mais qui n’arrêta pas la querelle, qu’il faut nourrir les enfans avec du lait ; au reste, je ne t’empêche pas d’offrir aux grandes personnes des mets plus solides [1]. »

En même temps que la réfutation d’Agricola était colportée et vantée par les ardens du parti, on répandait le bruit que Luther chantait la palinodie, pour me servir d’un mot du temps, l’opinion de Melanchthon sur la pénitence passant pour avoir été concertée avec lui. Ce bruit arriva jusqu’aux oreilles de Spalatin, qui invita Melanchthon à le démentir. Celui-ci écrivit qu’il y avait une insigne folie à dire que Luther s’était démenti dans le livre sur l’inspection des églises de Thuringe ; que si, malgré son désir d’être en tout de l’opinion de Luther, il s’était glissé dans ce livre quelque dissidence, il la prenait sur lui, et s’empresserait de l’expliquer ; mais qu’il n’en fallait pas faire un tort à Luther. Et il ajouta avec tristesse que c’était sans doute le soin qu’il avait pris d’exposer toutes choses dans leur nudité, sans sophisterie et sans amertume dans l’expression, qui soulevait contre lui tous ceux qui faisaient consister la réforme en déclamations lancées, comme du haut du chariot d’un charlatan, contre tous les dissidens.

Ce bruit, et d’autres dont on le grossissait, n’avaient été répandus

  1. Corp. ref., tome I, n° 478