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et la vie des bégoms[1], consentit enfin à remettre aux mains cupides du maharadja le joyau si ardemment désiré. Mais Randjît-Singh n’était pas encore satisfait : il fit, peu de temps après, saisir par des femmes, dans l’intérieur des appartemens des bégoms, tous les objets précieux sur lesquels on put mettre la main, et examinant les paquets qui en furent faits et qui lui furent apportés, il s’appropria un grand nombre de bijoux, d’armes de prix, de tapis, etc. Shah-Shoudjâ et sa famille furent ensuite relégués par ses ordres dans un obscur réduit où il leur fit éprouver toute sorte d’indignités, les accusant de menées hostiles à ses intérêts. En novembre 1814, les bégams, sous le costume de femmes hindoues, parvinrent à s’échapper et se réfugièrent à Loudiana, sur le territoire anglais. Shah-Shoudjâ réussit à son tour à se soustraire, comme par miracle, à la surveillance de Randjît-Singh, et après avoir tenté, mais en vain, de pénétrer dans le Kashmir à la tête d’un corps de troupes qu’il était parvenu à lever dans les montagnes, vint rejoindre sa famille à Loudiana, en septembre 1816, et reçut une pension annuelle de 50,000 roupies du gouvernement anglais. Shah-Zéman fut admis plus tard à partager la retraite de son frère, et il lui fut alloué 24,000 roupies par an.

Cependant le gouvernement de l’Afghanistan reprenait quelque unité et quelque force sous l’administration vigoureuse de Fatteh-Khan ; mais ce ministre, dont les hautes qualités et l’influence portaient ombrage à Shah-Kamran, fils de Mahmoud, ne jouit pas long-temps de sa fortune. Il fut égorgé, en 1818, en présence des deux princes et par leurs ordres, de la manière la plus barbare. Shah-Kamran lui avait fait arracher les yeux peu de temps auparavant. La mort de ce chef fut le signal d’une insurrection générale des Barekzaïs, et bientôt les frères de Fatteh-Khan se disputèrent les dépouilles des fils de Timour. Azim-Khan, l’aîné des frères, et gouverneur de Kashmir, s’était hâté de se rendre à Kaboul, et de se mettre à la tête de ce mouvement, son frère Dost-Mohammed, déjà en possession de Kaboul, lui ayant déféré le commandement dans ce moment de crise. Azim-Khan, blessé par quelques paroles offensantes ou quelque acte impolitique de Shah-Shoudjâ, qu’il voulait d’abord replacer sur le trône, accepta les propositions du jeune prince Ayoub (un autre fils de Timour), qui se contentait du titre de

  1. Bégom ou bégam, princesse ou femme d’un haut rang chez les musulmans. Femme de Bég, chef ou seigneur, en moghol.