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roi et s’engageait à lui en laisser la puissance. Mais dans ces temps difficiles, où des ambitions rivales éclataient de toutes parts, ce sceptre de parade était encore trop lourd pour la main d’Ayoub, qui, effrayé des scènes de violence dont il était témoin chaque jour, prit la fuite et alla demander à son tour un refuge à la cour de Lahore. Les différentes provinces de la monarchie passèrent sous la domination des chefs Barehzaïs, qui finirent, de guerre lasse, par s’entendre sur le partage. La seule province d’Hérat, où Shah-Mahmoud s’était réfugié avec son fils deux jours après le meurtre de Fatteh-Khan, pour échapper aux ressentimens des Barekzaïs, resta en possession d’un prince de la dynastie des Douranies. Mahmoud, qui s’était replacé sous la protection de la Perse, mourut en 1829. Shah-Kamran lui succéda comme souverain d’Hérat, mais la Perse continua à se considérer comme suzeraine de ce petit état (qui, par sa position géographique et ses antécédens historiques, appartient au Khorassan), et à en exiger le tribut. Le détail des luttes sanglantes dont l’Afghanistan et le haut Indus ont été le théâtre, à dater de cette époque jusqu’en 1828, serait ici superflu ; deux faits importans dominent les autres : l’affermissement du pouvoir de Dost-Mohammed Khan à Kaboul, l’affermissement et l’agrandissement du pouvoir de Randjît-Singh dans le Pandjab. Randjît-Singh avait su de bonne heure profiter des troubles de l’Afghanistan pour s’emparer successivement des diverses provinces sur la rive gauche de l’Indus ; et ayant soumis, de 1819 à 1823, la principauté de Peshaver sur la rive droite, et le Kashmir, il s’ouvrait ainsi la route de Kaboul. Dès 1809, il avait eu soin de fortifier sa puissance de fraîche date par un traité d’alliance avec le gouvernement anglais, intéressé à la consolidation et à la durée de cette puissance. Mais à mesure que les empiétemens progressifs de Randjît-Singh le rapprochaient des territoires de Kaboul, la haine politique et religieuse des deux chefs ne pouvait qu’enfanter de nouveaux troubles et compromettre sans cesse l’avenir.

Examinons maintenant quelle était la situation politique de l’Afghanistan de 1823 à 1838.

Dost-Mohammed-khan, Barekzaï, régnait à Kaboul. Trois autres frères de Fatteh-Khan étaient conjointement souverains de Kandahar et en mauvaise intelligence avec Dost-Mohammed. Un quatrième frère était gouverneur de Peshaver, mais tributaire de Randjît-Singh. D’autres chefs de cette famille avaient établi leur autorité à Ghizni et à Djellalabad, dans une dépendance plus ou moins contestée de Dost-Mohammed. Les Amirs de Sindh, anciens vassaux de la couronne de