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d’autres, sous une forme métrique, en slokas ou stanvces de quatre vers terminés par une rime commune.

Comme chez les Grecs anciens, la poésie, chez les Malays, est toujours accompagnée du chant ou plutôt d’une sorte de récitatif. Les romans de Bida Sari, de Kéni Tambouhan et de Salimbari forment des poèmes d’une étendue considérable qui jouissent d’une grande célébrité parmi les peuples de l’archipel d’Asie. Ces compositions sont remarquables par la simplicité de l’action, par le pathétique des situations, par l’expression des sentimens tendres et gracieux qui y dominent. Celle qui porte le titre de Kéni Tambouhan retrace dans un simple et ouchant récit l’histoire des malheurs d’une jeune princesse javanaise. Kéni Tambouhan avait été élevée dans la captivité, à la cour de la reine de Madjapahit, avec le prince Radin, héritier présomptif de la couronne. Les deux enfans s’aimèrent dès qu’ils se connurent ; ils grandirent en s’aimant toujours. Lorsque Radin fut en âge d’être marié, la reine rechercha pour lui une haute et puissante alliance ; elle demanda la main de la fille du roi de Bendjar Koulen ; mais, craignant que l’attachement de Radin pour Kéni Tambouhan ne mît obstacle à cette union, elle résolut de la faire périr en secret.


« La reine donna ordre de faire venir le bostandji. Le bostandji accourut, et, lorsqu’il se fut prosterné aux pieds du trône, elle lui dit : — Prends avec toi Kéni Tambouhan, et emmène-la dans les bois. A quoi elle ajouta à voix basse : Fais-la disparaître de manière qu’on ne la voie plus. Ne t’avise pas de t’écarter de mes ordres. – Le boslandji se retira en s’inclinant profondément. Tous ceux qui étaient présens sentirent leurs cœurs palpiter, ils pâlirent, et leurs membres tressaillirent. Ils disaient en eux-mêmes : — Le caractère de cette reine est bien méchant ; elle a une malice diabolique, et son ame est dominée par les passions les plus basses. Toutes les princesses étaient émues de pitié en voyant la contenance de Kéni Tambouhan. La reine reprit : — Qu’on l’emmène à l’instant, et, si vous rencontrez le prince dans la forêt, dites-lui de se rendre auprès de moi sur-le-champ. Le bostandji s’inclina de nouveau en recevant ces ordres, et assura la reine qu’ils seraient accomplis avant la fin de la journée. – Alors Kéni Tambouhan se leva et descendit les degrés du palais à pas lents, suivie de son ami Kéni Tédahan qui la consolait : le bostandji marchait devant elles. – Aux yeux des personnes qui la virent s’éloigner, elle parut calme comme la lune au milieu des nuages qui passent dans le ciel, aussi brillante que cet astre lorsque son disque apparaît tout entier et semble luire avec plus d’éclat à mesure qu’on le contemple. – Tous les spectateurs étaient émus de compassion ; Kéni Tambouhan ne jeta pas un regard en arrière. Parvenue à la porte exté-