Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/272

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rieure du kampong (jardin), elle s’assit pour prendre un peu de repos ; -frappée de l’idée que son existence allait finir, elle pensait à la tendresse de son ami et au malheur d’en être séparée. — Il n’y a pas d’apparence de rencontrer, disait-elle, mon bien-aimé Radin-Inou. Les larmes ruisselaient de ses yeux, et ses deux compagnes partageaient sa douleur. — Le bostandji dit à Kéni Tambouhan - Hâtons-nous, madame, d’avancer vers la partie de la forêt où le gibier abonde, afin que nous puissions rencontrer promptement le prince. — Parvenue au bord d’un ruisseau dont la rive verdoyante s’inclinait en une pente douce, elle se sentit accablée d’une lassitude extrême et elle prit les mains de ses deux compagnes. — Sa respiration agitée faisait le même bruit que le vent qui souffle avec violence. Elle se reposa un moment au pied d’un arbre, ne sachant pas si elle aurait la force d’aller plus loin. — Le bostandji dit de nouveau aux princesses : — Avançons doucement, je vous en prie ; nous aurons bientôt fini de traverser la forêt, et nous arriverons à l’endroit de la chasse. — Kéni Tambouhan se mit en marche de nouveau, faisant effort pour traîner ses pieds après elle. — Le chant des oiseaux au plumage velouté ne faisait qu’ajouter à sa mélanolie, en lui rappelant les conversations de Radin, lorsqu’il l’amusait aux heures de loisir. – Les princesses arrivèrent auprès d’un rocher uni, auquel la nature avait donné la forme d’un siège. Leur conducteur se tournant alors vers Kéni Tambouhan : Ici, madame, dit-il, est le lieu de notre repos. Kéni Tambohan monta sur le rocher et s’assit les pieds pendans parce qu’elle était lasse. — Kéni Tedahan, sa fidèle confidente, lui dit : J’éprouve de vives alarmes, depuis que nous sommes dans cette solitude, où l’on n’aperçoit les traces d’aucune créature humaine. — Ces paroles accrurent l’anxiété de sa maîtresse, et des larmes semblables à des perles coulèrent le long de ses joues ; elle ne prononçait pas un seul mot, se contentant d’essuyer les pleurs que ses yeux répandaient. Ses deux compagnes pleuraient aussi et restaient plongées dans la stupeur. Kéni Tambouhan, se levant, dit : Pourquoi, bon vieillard, nous as-tu amenées ici, maintenant que le jour est si avancé ? Le prince Radin serait-il encore à une grande distance ? — Le bostandji répondit d’un air morne : C’est ici, madame, le terme de notre voyage. Votre esclave a reçu ordre de la reine de conduire votre altesse dans cette forêt et de vous y donner la mort, à cause de vos liaisons avec le prince Radin, qui était fiancé à une princesse de Bendjar-Koulan, et qui pourrait maintenant refuser de la prendre pour femme. — Le cœur du bostandji était ému d’un vif sentiment de pitié. Il s’approcha avec respect de la princesse et lui dit d’une voix douce : — Pardonnez, ô madame ! à votre esclave d’être obligé de porter les mains sur votre personne. Comment pourrait-il s’en dispenser, dans la crainte qu’il a d’être soumis à l’épreuve dut serment ? — Mes ordres portent qu’aujourd’hui je dois vous ôter la vie, et il ne m’est pas possible de les éluder. — La princesse lui répondit : Bon vieillard, je n’ai qu’une grace à te demander. Si tu rencontres le prince mon seigneur, porte-lui mes tendres souvenirs ; dis-lui mes vœux pour qu’il trouve le bonheur dans l’union