Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/309

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singulière le peuple à supporter la faim. Mais ce pauvre peuple, qui avait épuisé ses ressources, murmurait. On avait mangé tous les chevaux, les ânes, les cuirs et les chiens. On commençait à vouloir manger du pain, et le duc de Parme arriva fort à propos pour tirer d’embarras nos prêcheurs, qui touchaient eux-mêmes à la fin de leurs provisions et de leurs argumens.

Malgré la levée du siège, la ligue perdait chaque jour du terrain. La division s’était mise dans le camp du clergé parisien. Les uns penchaient vers l’Espagne, d’autres vers Mayenne, quelques-uns voulaient un gouvernement municipal composé de petits bourgeois et de théologiens. Mais s’y y avait division dans les sympathies politiques, la haine contre Henri IV était unanime. On ne pouvait le vaincre par les armes, on l’attaquait avec le mensonge et la calomnie. On invoquait contre lui et contre ses partisans la doctrine du tyrannicide. Rose demanda une saignée de la Saint-Barthélémy, et le curé Aubry offrit de marcher le premier pour égorger les politiques. Le pape, cette fois encore, donna son approbation, et les prédicateurs, qui commençaient à désespérer du triomphe, eurent recours à ces mesures de terreur, à ces mesures extrêmes, qui sont les derniers efforts d’un pouvoir qui va tomber. Ils proclamèrent la loi des suspects, firent des visites domiciliaires, organisèrent la délation, instituèrent des chambres ardentes, et firent mettre à mort le président Brisson. C’était servir à souhait la cause de Henri IV ; la Ménippée acheva de tuer, à force de ridicule et de bon sens, une cause qui travaillait elle-même, par ses excès, à sa propre ruine, et la conversion du Béarnais lui porta les derniers coups. Boucher essayé cependant de prolonger la résistance. Il prononça dans l’église Saint-Méry neuf Sermons sur la simulée conversion de Henri IV, qu’il livra bientôt après à l’impression. On n’avait jamais déversé plus de fiel et d’injures. Henri de Bourbon, dit Boucher, entre autres aménités, n’est qu’un hypocrite, — et c’est là la moindre insulte. – C’est un trompeur de nonnains, un Caligula, un Néron ; il est grand moqueur, grand paillard et grand avare. Il fait le lion à Paris et le renard à Rome ; et pour avaler la grace u Saint-Esprit, il lui faut le sucre d’un royaume. Ses partisans valent-ils mieux ? Qui le soutient ? Parmi les magistrats, des larrons de finances ; parmi les évêques d’ignorans buveurs qui ont à leur table les reliques de Rabelais ; parmi les docteurs, des joueurs de cartes ; toutes les mauvaises humeurs du royaume se sont rangées à cette apostusme. Boucher s’indigne de la paix qu’il prévoit et qu’il redoute, il défend de prier pour elle et la déclare inique, et à la veille de l’édit de Nantes il demande l’inquisition. Toutes ses sympathies sont acquises à Philippe II, et sa politique générale n’est autre chose que l’alliance d’une démocratie hypocrite et de la théocratie, avec cette réserve détournée toutefois, que la théocratie gardera le grand rôle, et que le peuple sera soumis à l’église comme le corps à l’esprit. En d’autres termes, il veut la république, même sous la présidence du diable, pourvu que le diable consente à baiser la mule du saint père. Jean Porthaise, dans des sermons publiés sous les mêmes titres que ceux de Boucher, soutient le même thème. Il engage l’église à tirer