Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/311

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tiques étaient-elles sincères ? M. Labitte ne le pense pas, car elle les avait empruntées au calvinisme, et pour le calvinisme la démocratie n’était qu’une question de circonstance, une machine de siège qu’on devait briser la brèche ouverte. Qu’on se souvienne des faits. Par qui la réforme, dans l’origine, est-elle appuyée en Allemagne ? par la petite noblesse, qui cherche à se soustraire au contrôle de ses princes. Puis, quand elle a gagné du terrain, quels sont ses nouveaux soutiens ? ces princes eux-mêmes, qui l’adoptent à leur tour comme un instrument contre l’empire. Ni la réforme ni la ligue ne cherchaient à introduire légalité, et sans l’égalité qu’est-ce que la démocratie ? L’union n’avait-elle pas pour but direct de ruiner, au nom d’un dogme politique qui n’avait pas sa foi, le pouvoir établi, pour servir les projets d’avènement de la maison de Lorraine, puis ceux de Philippe II ? Grace à cette lutte commencée au nom de la religion, continuée dans l’intérêt des Guise à cette lutte commencée au nom de la religion, continuée dans l’intérêt des Guise, et habilement dirigée par l’ambition d’un roi étranger, l’or de l’Espagne faillit réaliser ce que la politique armée de Charles V n’avait pu faire. Comme mouvement catholique, la ligue doit-elle être justifiée ? non, car elle manque également de logique et de but désintéressé. Elle commence contre un roi vainqueur des huguenots à Jarnac et à Montcontour, et elle s’acharne en finissant contre un roi nouvellement converti. L’indépendance même du saint-siège eût été compromise par son triomphe, qui eût fait du pape un châtelain de l’Escurial. Il faut reconnaître toutefois que la ligue a été utile au catholicisme, en aidant, par sa résistance à la réforme, la victoire du parti politique sur les huguenots. Malgré ces faits précis, malgré ses excès, ses doctrines subversives, la ligue a été réhabilitée de nos jours. Mais il faut prendre garde. Quand il s’agit de littérature, les réhabilitations hasardées et absolues sont innocentes, et, comme le dit M. Labitte, elles ne blessent que le goût. Qu’on élève Rutebeuf au-dessus d’Horace, cela ne fait tort à personne, pas même à Horace. Que M ; Ozanam nous dise que les Nibelungen soutiennent le parallèle avec les œuvres d’Homère, et que les adieux de Siegfrid et de Chriemhild peuvent se comparer aux adieux d’Andromaque, nous nous permettrons tout simplement de ne pas être de son avis, comme bien d’autres, tout en l’engageant néanmoins à « tenter de continuer ses explorations en continuant de descendre le cours du temps, » et en lui tenant compte de son « noviciat » et des difficultés d’un travail où il s’engage seul sur les traces encore peu familières de la philologie d’outre Rhin, « au risque de se perdre, comme Varus, dans les bois, les marais et les brouillards. » En histoire, les réhabilitations ont une portée plus sérieuse. Il ne s’agit pas seulement de chercher l’originalité en prenant à tâche de contredire toutes les opinions reçues, et de louer parce qu’on a blâmé. On excuse une erreur de date, mais on n’excuse pas une opinion qui, tout en blessant la vérité, outrage en même temps la morale. M. Labitte insiste avec raison sur ce point. Darmès été jugé hier, et nous glorifions la ligue, qui a armé, qui a béni Jacques Clément, qui a mis le couteau, par ses traditions, aux mains de Ravaillac. Nous demandons que la peine de mort soit effacée de nos codes, nous ruinons des idylles humani-