Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/323

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trefois le plus aristocratique de tous, est devenu, par une réaction assez ordinaire, un des plus libéraux dans son gouvernement actuel. De plus, il a cette année pour avoyer ou président du directoire un homme d’un caractère très résolu, M. Neuhaus. Dès que les troubles d’Argovie furent connus, Berne s’empressa d’y envoyer des troupes. Son gouvernement crut que le soulèvement des catholiques de Muri se liait à une conspiration générale des partisans de l’ancien régime contre le nouveau. Autant pour intimider ses propres aristocrates que pour contenir les catholiques des cantons voisins, il mit sur pied une force considérable. Ses bataillons aidèrent le gouvernement d’Argovie dans un commencement d’exécution des décrets du 13 et du 20 janvier. Soit par esprit de protestantisme, soit par incrédulité philosophique, les chefs bernois ont paru voir avec plaisir la suppression des couvens, et le gouvernement d’Argovie a toujours été appuyé par eux dans la lutte qu’il vient de soutenir contre une grande partie de la confédération.

Cependant la résolution prise par ce gouvernement avait soulevé une vive opposition dans les cantons catholiques. La vieille Suisse donna la première le signal des protestations. Dès le 22 janvier, le directoire fédéral reçut une lettre très vive du gouvernement d’Unterwald, qui demandait ou le rétablissement immédiat des couvens supprimés ou la convocation d’une diète extraordinaire pour délibérer sur la violation du pacte. Cette démarche d’Unterwald était d’autant plus significative, qu’on ne devait pas douter que le gouvernement de ce canton ne se fût entendu, avant de la faire, avec ceux d’Uri et de Schwytz. L’alliance séculaire entre les trois cantons primitifs est si étroite, qu’il est bien rare que l’un des trois agisse sans l’assentiment préalable des autres. Il n’y avait pas d’ailleurs de question qui pût réunir plus fortement dans une seule pensée ces populations patriarcales. L’amour de la foi antique s’est conservé parmi les héritiers d’Arnold, de Stauffacher et de Furst, comme l’amour de l’antique liberté. L’influence politique y est presque tout entière entre les mains des moines, qui sont restés les dépositaires de toutes les croyances et de toutes les traditions. C’est presque sous les murs de l’antique abbaye d’Einsiedlen, dans les montagnes de Schwytz, qu’a été gagnée en 1308 la bataille de Morgarten, qui consacra l’indépendance naissante de la Suisse, et c’est à la voix de leurs prêtres, que les habitans des villages de Waldstetten ont fait, en 1798, l’héroïque folie de se défendre seuls contre l’armée française victorieuse.

Bientôt en effet Uri et Schwytz se réunirent à Unterwald. Après