Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/421

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combe. Ce n’est pas là un roman, mais un cadre de sermon. L’auteur, au surplus, ne se gêne guère ; il disserte pendant des chapitres entiers, et la petite histoire de son héros devient ce qu’elle peut. Dans Césaire, nous trouvons des dissertations sur l’instabilité des empires, sur la prière, sur le feu sacré, sur Boulanger et Dupuis, sur la conversion d’Henri IV, sur l’inquisition, sur l’état monastique, sur la virginité, sur les droits des ouverains, sur les libéraux. Il y est question de Pythagore, d’Apollonius de Thyane ; on y parle aussi de Moïse, de Platon, de Newton et de Leibnitz, qui, entre tant d’autres, étaient vierges ; de quoi enfin n’y parle-t-on pas ? Le roman de M. Guiraud a un second titre ; non-seulement il se nomme Césaire, mais s’appelle aussi Révélation. Révélation de quoi ? Mon Dieu ! ne pourriez-vous, dans votre miséricorde infinie, nous préserver de ces révélateurs qui nous gâtent le passé ?

Il n’y aurait qu’un moyen de se faire pardonner tant de divagations, ce serait la magie du style. Parfois des écrivains sont parvenus à cacher sous les magnificences de l’expression les vices de leur sujet, et la splendeur des images déguisait la pauvreté du fond. Malheureusement il n’est pas possible d’invoquer en faveur de M. Guiraud cette brillante excuse : sa prose est vulgaire, incorrecte, sans vie. Comment, avec une manière décrire si stérile et si dépourvue, M. Guiraud a-t-il pu concevoir la pensée d’entrer en lutte avec M. De Châteaubriand et de refaire les Martyrs ? Flavien est un long poème en prose où il est prouvé que, jusqu’au règne d’Auguste, sous lequel naquit Jésus-Christ, les hommes ont ignoré les élémens de la société et de la civilisation. Voilà qui est net. Ne parlez pas à M. Guiraud de l’Asie, qui a peuplé l’Europe, et où florissaient, bien avant les premières traces de l’histoire européenne, de vastes empires ; ne lui dites pas que dans cette Asie les sciences, l’industrie, le commerce, la navigation, l’astronomie, l’art de fabriquer les métaux, l’écriture, les principaux métiers, attestent la puissance de l’homme, quand l’Occident était encore barbare ; ne lui rappelez pas les grands systèmes religieux et philosophiques qui étaient comme l’ame des théocraties asiatiques. Vous seriez aussi mal reçu, si vous lui alléguiez soit les miracles dont l’art et la pensée dotèrent la Grèce de Phidias et de Platon, soit les grandeurs politiques de Rome républicaine. M. Guiraud ne veut rien entendre : tant qu’il n’aperçoit pas le signe du christianisme, il ne reconnaît ni société, ni histoire. Nous n’avons jamais rencontré en matière d’érudition historique une orthodoxie aussi intraitable.