Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/441

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plus de rapports naturels que l’Italie, c’est que l’Espagne, à ce moment, sortait à peine de sa longue lutte avec les Maures ; sa ferveur religieuse et patriotique la défendait de l’apostasie, et de plus, ce qu’il ne faut pas oublier, l’Espagne, à cette époque, possédait en Afrique Oran et quelques autres places ; elle avait, sous Charles-Quint, attaqué Alger. Ainsi elle touchait, comme toujours, à l’Afrique ; seulement elle y touchait par la guerre, et, satisfaisant par la conquête à sa vocation africaine, elle était noblement dispensée d’y satisfaire par l’apostasie.

Je dois encore remarquer, au sujet des renégats européens qui recrutaient la Turquie et les états Barbaresques, que, d’une part, la puissance de la Turquie et des Barbaresques est tombée du moment où ils ont eu moins de renégats européens, du moment qu’en Turquie, par exemple, les janissaires se sont recrutés eux-mêmes et sont devenus une espèce de milice héréditaire ; d’une autre part, l’usage de l’apostasie parmi les Européens a cessé au moment même où, par l’affaiblissement de la foi chrétienne, l’apostasie semblait devoir devenir moins pénible. Cela s’explique peut-être, parce que, ce mouvement d’indifférence religieuse ayant atteint aussi l’islamisme, l’Européen émigré en Orient a eu deux grands motifs de moins pour changer de religion. Les timides n’ont plus eu pour excuse la nécessité de se préserver, par l’apostasie, de la persécution, et les enthousiastes n’ont plus eu, pour déterminer leur changement de culte, l’aspect de la ferveur des mahométans et l’opinion que leur culte était le plus vrai, puisqu’il était le plus fidèlement pratiqué. Quand l’apostasie n’a plus eu pour excuse la nécessité ou l’enthousiasme, quand elle n’a plus été qu’une sorte de désertion, les renégats ont cessé, et alors aussi la Turquie et les Barbaresques, ces deux puissances intermédiaires entre l’Asie et l’Europe, ont perdu un des principaux ressorts de leur empire. Elles avaient perdu aussi l’autre portion de la force qu’elles empruntaient à l’Europe, les esclaves chrétiens, l’Europe ne voulant plus leur permettre de réduire les chrétiens en esclavage. De cette manière, tout ce qu’elles tenaient de l’Europe s’en allait peu à peu, et elles étaient laissées à elles-mêmes, c’est-à-dire à ce qu’elles tenaient de l’Orient, et l’Orient était incapables de les soutenir en face de l’Europe, car l’Orient avait perdu ce qui, de tout temps, a fait sa plus grande et sa plus belle force, je veux dire sa foi religieuse. C’est par la foi, c’est comme ayant en lui la force mystérieuse qui produit les religions, que l’Orient