Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/461

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pouvaient dire à Napoléon la part que les caravanes tenaient dans les habitudes de l’Orient. L’expédition et la conquête d’Alger au contraire, ont été un hasard qui nous a pris au dépourvu.

En Orient, les caravanes tiennent à la fois du commerce et de la religion. Elles touchent aux intérêts et aux sentimens. La Mecque est à la fois un pèlerinage et une foire. Cela, du reste, n’est point particulier à l’Orient, mais plutôt à certains états de la société. Il en était de même au moyen-âge en Europe. Les lieux de pèlerinage servaient aussi de rendez-vous au commerce qui cherchait l’abri de la religion, parce qu’il ne trouvait de sécurité que sous cet abri. Il en était de même dans l’ancienne Grèce. Autour des d’Olympie, il y avait des boutiques, et les grandes fêtes de la Grèce, les jeux olympiques et les jeux pythiques, servaient au commerce. Il trouvait dans ces fêtes ce qu’il cherche partout, la protection d’une autorité respectée et un grand concours de peuple. La société en Orient étant restée où elle en était dans le moyen-âge et dans l’ancienne Grèce, le commerce s’y attache. Encore à la religion comme à sa meilleure protectrice, et la caravane est mêlée au pèlerinage. On est à la fois marchand et pèlerin, et, il faut le dire, cela donne au commerce et aux commerçans de l’Orient un caractère presque inconnu en Europe. En Europe, le commerçant n’est souvent qu’un marchand ; il a sa boutique où il vend ses marchandises, et il n’en sort guère. Son esprit n’en sort guère non plus, ou, s’il en sort, c’est par fantaisie et pour s’occuper d’autre chose que de son commerce, ce qui est souvent un mal plutôt qu’un bien. En Orient, au contraire, le commerçant et un voyageur qui va chercher la marchandise aux lieux où elle est produite pour la transporter aux lieux où elle est demandée, et ces lieux sont ordinairement fort éloignés l’un de l’autre, séparés par des déserts, séjour des tribus qui vivent de pillage. Il faut donc que le commerçant, outre qu’il est voyageur, soit quelque peu soldat. Ce genre de vie doit développer singulièrement son intelligence. Le désert, le péril, la fatigue, les pays lointains, les mœurs différentes, que de causes d’éducation ! Nous estimons le banquier qui de son cabinet calcule les chances du commerce dans les divers pays de l’Europe, et nous avons raison, car il faut pour cela une grande étendue et une grande justesse d’esprit. Le commerçant oriental fait mieux. Ce que le banquier calcule, le marchand le pratique ; il suit sa marchandise d’un bout à l’autre du monde, et on pourrait dire que ce que la marchandise acquiert de valeur par le transport, le marchand l’acquiert en expérience et en connaissance,