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puleuse l’énorme tribut qu’on lui impose ? Tout cela, je le répète, est impossible, et pourtant tout cela est la condition Sine qua non de l’hérédité. Que devient dès-lors la concession dont, faute de mieux, on a voulu faire tant de bruit ? Pour tenir leurs fermiers dans leur dépendance absolue, certains propriétaires irlandais ont l’habitude de leur imposer un fermage très élevé dont ils n’exigent qu’une partie. La conséquence, c’est que le pauvre fermier est toujours leur débiteur, et qu’ils restent maîtres de le mettre à la porte du jour au lendemain, sans autre forme de procès. Telle est à peu près en droit, sinon en fait, la situation relative du sultan et de Méhémet-Ali.

Quand on y regarde de près, il est aisé de voir qu’entre le hatti-shériff du 1er juin et le hatti-shériff de 18 février, la différence est purement nominale et ne valait pas la peine qu’on attendit si long-temps. « Avec les conditions imposées par la Porte, disait le Journal des Débats du 11 mars, l’hérédité offerte au pacha est une dérision et l’autorité qui lui est laissée une supercherie. » Ce qui était vrai alors ne l’est pas moins aujourd’hui ; or, est-ce une dérision, est-ce une supercherie que la chambre et le ministère ont entendu offrir, au pacha ? Non certainement. Quand la note du 8 octobre engageait formellement la France « ne pas abandonner aux chances de la guerre l’existence de Méhémet-Ali comme prince vassal de l’empire, » c’est d’un prince réel qu’il s’agissait, d’un prince obligé, par le lieu de vassalité, à assister le suzerain de toutes ses forces militaires quand il en serait requis, mais maître d’ailleurs, ainsi qu’il l’était avant le 15 juillet, de gouverner à son gré l’Égypte, et de la rendre aussi puissante qu’il le voudrait. Aujourd’hui le prince vassal est, d’après les termes du hatti-shériff, un simple préfet sans force et sans autorité. Dans cette situation, l’hérédité, fût-elle ce qu’elle n’est pas, irrévocable, ne serait encore qu’un vain mot. C’est ce qu’au mois d’avril dernier un publiciste, conservateur passionné, et dont personne n’a jamais nié le rare talent et l’énergique probité, M. Henri Fonfrède, appelait si justement « l’hérédité du néant. »

On dit, à la vérité, que Méhémet-Ali s’est soumis, qu’il est content, et qu’il serait étrange de se montrer plus égyptien que le pacha d’Égypte. C’est là une singulière raillerie. Comment Méhémet vaincu ne se serait-il pas soumis, quand les quatre puissances le menaçaient encore, et que la France, ainsi que nous l’ont révélé les feuilles anglaises, lui faisait dire « de ne plus compter même sur son appui moral ? » Méhémet-Ali est oriental : pour lui, le point d’honneur n’existe pas, et c’est folie que de soutenir une lutte inégale. Il aime