Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/689

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


temps que la Porte ottomane jouira de la paix. Or la Porte ottomane jouit-elle de la paix quand un sujet rebelle la menace, soit en Syrie, soit ailleurs ? Voilà donc, en droit, l’intervention russe de 1833 parfaitement juste et légitime. Allez plus loin maintenant, et supposez qu’il s’agisse de toute autre chose. Les Russes croient le moment venu et veulent non-seulement protéger le sultan, mais le dominer tout-à-fait, non-seulement paraître à Constantinople, mais y rester. Quelles positions, quelles garanties. Les puissances ont-elles prises pour les en empêcher ? A-t-on, comme l’auraient voulu quelques personnes, placé soit au Bosphore, soit aux Dardanelles, une garnison neutre ? A-t-on du moins mis le sultan en état d’en placer une à ses frais et sous son autorité ? Rien de tout cela. Après comme avant la convention, le Bosphore et les Dardanelles sont au plus fort et au premier occupant. Après comme avant la convention, le sultan est incapable, de faire respecter sa prétendue neutralité. Qu’est-ce dès-lors que cette neutralité et que devient la convention ?

Cette opinion, au reste, n’est pas seulement celle des adversaires du dernier protocole ; elle est aussi celle de ses plus ardens défenseurs. Pour peu qu’on les presse, ils avouent volontiers [1] que l’Europe s’est trompée en regardant la fermeture du Bosphore et des Dardanelles comme la garantie la plus sûre du maintien de l’empire ottoman ; que cette garantie n’ayant pour sa défense que la faiblesse de la Porte ottomane est une garantie illusoire ; qu’une neutralité qui n’est pas protégée par une force effective quelconque est à la merci de celui qui ose la violer le premier ; que le moyen d’empêcher une puissance quelconque de s’emparer de Constantinople serait plutôt d’ouvrir les détroits aux vaisseaux de guerre de toutes les nations, parce que de cette manière, ce qui aujourd’hui n’est défendu par personne, et peut être attaqué par une seule puissance, pourrait être défendu par tous. Si le traité est bon, ce n’est donc pas qu’il ait rétabli comme par enchantement l’équilibre européen, rompu ou promis par le traité du 15 juillet ; c’est qu’il a fait de l’indépendance de l’empire ottoman un des principes du droit public ; c’est que, grace à lui, la Turquie fait partie de l’Europe, et qu’aucune puissance européenne ne peut s’augmenter aux dépens de la porte ottomane, sans créer à l’instant même pour toutes les autres puissances un grief prévu et légitime. »

  1. Journal des Débats, 11 août.