Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/725

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européens où elle vient de rentrer, la France se fasse écouter et respecter ?

Il est triste de le dire, mais l’expérience de tous les temps est là pour le prouver, la raison et le bon droit, s’ils ne s’appuient sur la force, ont peu de chance de réussir dans le monde. Dans le siècle ou nous vivons d’ailleurs, et grace aux progrès de la civilisation, la paix a partout des partisans nombreux, et ce n’est pas à Paris seulement qu’en décrivant les horreurs de la guerre, on agit sur les esprits et sur les cœurs. Quand les nations débattent entre leurs intérêts, elles pèsent donc les unes sur les autres par un sentiment qui leur est commun, la crainte de la guerre. C’est là ce qui les contient et les modère dans leurs prétentions, ce qui les amène presque toujours à une juste transaction. Mais qu’il soit une fois établi que, par sa faute ou par celle de son gouvernement, une de ces nations est décidée d’avance, tant qu’on respecte son territoire, à ne point tirer l’épée pour la défense de son droit ; que cet(te nation cesse ainsi d’avoir contre les autres l’arme que celles-ci ont contre elle, et de leur inspirer la juste inquiétude qu’elle ressent, n’est-il pas évident que la partie ne sera plus égale, et qu’elle finira très probablement par tout céder, sans qu’on lui cède rien ? J’espère, malgré de bien imprudentes paroles tout récemment prononcées, que telle n’est pas, que telle ne sera jamais la situation de la France ; malheureusement beaucoup le pensent au dehors, et la convention du 13 juillet semble venir tout exprès pour justifier une si triste opinion.

Je désire sincèrement me tromper ; mais tel est, selon mois, le sens, telle est la portée de la signature donnée par la France le 13 juillet dernier. Quelques-uns ont signalé le protocole comme dangereux, la plupart comme insignifiant : je penche, ainsi que je l’ai dit, vers ce dernier avis ; là cependant n’est pas la question. La question, c’est que, depuis moins d’un an, la France a successivement abandonné toutes ses positions ; d’abord active et ferme, puis réservée et triste, aujourd’hui soumise et presque contente ; c’est qu’en dix mois elle semble ainsi avoir descendu tous les degrés de l’échelle et réalisé les espérances les plus insolentes de ses ennemis. Voilà ce qui me paraît grave, cent fois plus grave que le protocole même, quelles que puissent en être les conséquences.

En traçant ce triste tableau, je n’ai point voulu user des précautions et des réserves que l’on emploie ordinairement. J’ai dit simplement et durement la vérité, telle du moins que je la voix, et telle que