Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/739

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avez trouvé au bout de vos argumens ! Comment et sous quelles formes comprenez-vous votre société rationalisée, de quelle force coercitive l’armez-vous contre les agressions et les résistances individuelles ; quelles règles et quelle croyances substituez-vous à celles qui n’ont jamais fléchi dans la conscience des peuples ? Vous n’avez garde de le dire, et vous échappez au vide de votre pensée par le pédantisme de sa forme. Vous triomphez des incertitudes de la science, des contradictions des philosophies et de la confusion des doctrines, et vous sommez la propriété de montrer ses titres sous peine de reculer devant l’audace de vos attaques. Niez donc aussi la liberté, la justice, l’égalité naturelle des hommes, car toutes ces choses ont été contestées, et aucune ne saurait se défendre avec une évidence mathématique. Pourquoi le fort ne prévaudrait-il pas contre le faible, pourquoi l’impérieux instinct les désirs ne serait-il pas la règle des devoirs ? Pourriez-vous démontrer la légitimité de l’obéissance et du respect que l’homme porte, dans la plénitude de ses facultés, aux cheveux blancs et à la vieillesse décrépite de son père ? Le fils n’est-il pas engendré dans l’insouciance et la volupté, et comment un fugitif souvenir viendrait-il enchaîner sa vie ? Cela est-il rationnel, scientifiquement parlant, et le sauvage écrivain dont nous parcourions tout à l’heure les déplorables pages n’établit-il pas aussi, au nom de la suprême raison, et sous forme d’axiome, que c’est le père assassiné et non le fils parricide qu’il faut exposer en spectacle d’épouvante et d’horreur [1] ? A ces formules algébriques alignées avec une telle confiance, qu’on nous permette de préférer un petit écrit, choisi comme spécimen entre vingt autres publications populaires à peu près semblables. Là, nous trouvons dans sa sincérité naïve le plan de vie de la ruche communiste, tracé par l’un de ces peintres grossiers qui ne cachent pas leurs informes pensées sous un appareil prétentieux. Parcourez cet écrit [2], destiné à alimenter ces loisirs fébriles des usines à feu continu et les intervalles lucides des plaisirs de la Courtille, et vous y trouverez un tableau complet de la vie démagogique, qui n’a rien à envier aux minutieuses et succulentes peintures tracées par l’auteur du Nouveau Monde industriel. La France sera divisée en parties égales d’une contenance de cinq

  1. La Bible de la liberté, pag. 92.
  2. Exposé d’une constitution sociale ayant pour base le dogme de l’égalité, et procurant par là le bien-être à chaque membre de la société, par Bri.