Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/770

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anglaises et françaises dans le Bosphore cesseraient de les inquiéter ; l’armée forme depuis long-temps le même vœu. Les Cosaques, à l’époque de leurs brigandages, étaient habitués à s’en aller jusqu’à Stamboul, et dès le temps des Mongols, des flottes russes et de czars russes ont apparu devant cette ville. Les prêtres et le peuple qui leur est attaché, et qui entend toujours parler de l’ancienne mère-église, applaudiraient avec ardeur à la prise de Constantinople.

« La position de la flotte russe à Sebastopol est excellente ; mais si la Russie s’emparait de Constantinople, elle aurait une situation admirable. Elle garderait et dominerait la Méditerranée à l’est, comme les Anglais la dominent à l’ouest par Gibraltar. Les steppe atteindraient alors leur plus haut point de puissance et de prospérité. Le Caucase ne pourrait plus conserver l’espérance de recevoir les secours des Anglais.

« Le voile de la destinée cache encore l’avenir des steppes. Cependant, à voir toutes ces masses de troupes se presser vers le sud de la Russie, on dirait autant d’acteurs habiles armés et préparés à jouer leur rôle. L’Europe entière a les yeux tournés de ce côté. Quelle scène nous verrons quand le rideau se lèvera ! »

Le voyageur s’arrête à ce pronostic d’avenir, et des provinces du sud nous conduit vers celles du nord. Ici c’en est fait de ces riantes scènes qui charment les regards dans les plaines de la Crimée et les vallées du Caucase, de cette riche végétation qui épanouit sous un ciel sans tache, de cette ardente et voluptueuse nature qui amollissait dans leur vie sauvage le cœur même des Tartares. Sur la rive d’une mer sombre, entre Koenigsberg et Pétersbourg, s’étend une contrée froide et humide, traversée çà et là par des marais profonds en d’immenses forêts de sapins, couverte de neige en automne et de neige au printemps, très belle pourtant, très imposante à voir, l’été, par ses longues nuits lumineuses qui ressemblent au jour ; l’hiver dans le grand silence et la pâle clarté de ses plaines solitaires. Là sont les trois provinces de Courlande, d’Esthonie et de Livonie, où les Russes poursuivent la même œuvre de conquête morale et d’assimilation qu’ils ont entreprise dans les steppes. C’est chose assez curieuse d’observer leurs procédés d’administration et le résultat de leurs efforts sur deux points aussi éloignés et parmi des populations si différentes.

Pour mieux comprendre l’état actuel des provinces de la Baltique, nous devons jeter un regard sur leur ancienne situation, et tâcher de saisir au moins les principaux traits de leur caractère. Les pacifiques tribus qui ont donné leur nom à ces provinces viennent de l’Inde. Les rapports de leur langue avec le sanscrit, plusieurs de leurs traditions et plusieurs symboles défigurés de leur mythologie, le prouvent évidemment. Mais nulle histoire n’est, à son origine, plus obscure, plus dénuée de toute espèce de documens que la leur. On ne sait ni comment ces tribus, distinctes de races germaniques et scandinaves, sont arrivées dans le nord, ni ce qu’elles ont fait pendant des siècles. Plus tard, cette histoire se déroule, comme une timide chro-