Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/804

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Cette figure tout-à-fait dans le style grec, est coiffée d’un de ces casques à grande crinière dont Homère fait de si complaisantes descriptions ; une épée et des javelots du même style complètent l’ajustement de cette statue un peu académique. Il nous semble que M. Pradier aurait pu aisément, avec sa connaissance de l’antiquité, armer complètement sa figure de la guerre d’une façon historique et pittoresque tout à la fois. La jambe repliée et posée sur une pierre fait un angle forcé et disgracieux qu’explique peut-être le désir de donner du mouvement à la ligne générale.

La Sagesse, qui vient après, se montre sous les traits d’une Minerve avec la cuirasse écaillée, le casque athénien, les draperies longues et sévères, le maintien chaste et digue, qui caractérisent la fille intellectuelle sortie armée et froide du front bouillonnant de Jupiter.

A côté de la Sagesse est placée l’Eloquence, la parole près de la pensée, la bouche près du cerveau. C’est une belle et noble femme, à la tête inspirée, au geste dominateur, drapée dans son beau manteau grec avec plus de soin qu’Hortensius, le coquet orateur, qui ne manquait jamais de consulter son miroir avant de monter à la tribune.

Sur l’autre morceau de l’attique, interrompue par la place laissée au cadran et aux bas-reliefs qui l’accompagnent, sont posées la Prudence et la Justice.

La Prudence, dans une attitude pensive et réservée avec sa physionomie pleine de finesse et de précaution, son doigt mystérieusement placé sur la bouche, se fait reconnaître aisément malgré l’absence d’attributs.

Cette statue, qui a quelques rapports avec la Mnémosyne, est d’une beauté vraiment antique, et, si elle avait été trouvée dans quelque fouille, on n’hésiterait pas à la croire des plus beaux temps de la sculpture grecque : la Justice, qui vient après, se fait remarquer par une admirable entente des draperies. Il est difficile d’ajuste et d’agencer des plis avec plus de goût et de style.

La Paix, qui décore de ce côté le recul de l’attique et fait pendant à la Guerre, se présente sous les traits de l’Hercule au repos, appuyé sur sa massue, avec la peau du lion de Némée et une banche d’olivier à la main. Un hercule au repos caractérise fort bien la paix, car ce n’est qu’au prix de longs travaux qu’elle s’acquiert ; il faut, pour l’obtenir, avoir écrasé l’hydre, vaincu le lion et nettoyé les étables d’Augias : cette statue, entièrement nue, d’une musculature vigoureuse et saillante, est rendue avec beaucoup de science et d’énergie,