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quoique le caractère de ses formes se rapproche peut-être trop de l’Hercule Farnèse, ce type surhumain de la force physique.

Cette page sculpturale est une des plus remarquables que nous possédions, tant pour l’étendue et la proportion des figures que pour la beauté et le mérite de l’exécution.

M. Pradier y a déployé tout le talent qu’on lui connaît : élégance, noblesse, grace, facilité et charme du ciseau. Il n’est pas possible de traiter la pierre avec plus de souplesse et de précision. Peut-être même la perfection du travail est-elle poussée trop loin, car ces statues de fortes dimensions sont faites comme des camées, et n’ont rien à envier aux marbres les plus polis. Ce fini nuit même un peu à l’effet, car leur position est très élevée, et plusieurs de leurs délicatesses se perdent par l’éloignement et la douceur du travail.

La composition en elle-même n’a rien de particulier et ne sort pas des vagues données de l’allégorie, mais nous n’en ferons pas un reproche à M. Pradier. La mythologie et la symbolique modernes n’étant pas encore arrêtées et définies, l’artiste doit forcément s’en tenir aux anciens erremens, et nous ne devons lui demander compte que de l’arrangement, du style et de la composition dans le sens pittoresque du mot. Quant à l’idée en elle-même, nous ne pouvons lui chercher querelle de ce côté-la, attendu que c’est aux métaphysiciens, aux théosophe et aux poètes à trouver les sujets que l’artiste revêt ensuite d’une forme plastique.

Entrons maintenant dans l’intérieur du palais, et voyons où en sont les travaux. Dans la bibliothèque, il n’y a encore de place que deux compartimens de plafond par M. Riesener, l’auteur de la Vénus instruisant l’Amour, et de la Léda jouant avec le cygne, si remarquée au salon de cette année. Ces deux morceaux, d’une couleur claire et brillante, sont peints largement, trop largement même pour être vus de si près ; ils ont bien ce caractère étoffé et riche qu’exige la peinture de décoration. Le raccourci de la Renommée, qui souffle à pleines joues dans un clairon, nous a paru un peu forcé et ne s’explique pas bien ; c’est un défaut facile à corriger. Trois autres panneaux, encore blancs, attendent les sujets également allégoriques que M. Riesener est en train d’ébaucher dans son atelier pour les retoucher et les finir sur place.

La coupole du milieu est confiée à M. Eugène Delacroix. Ses magnifiques peintures de la salle du trône à la chambre des députés justifient ce choix et ont déjà donné la mesure de ce qu’il peut faire ; il a pris pour sujet l’élysée des poètes, si magnifiquement décrit