Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/863

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rencontrent, et les paroles de tendresse coulent d’elles-mêmes ; on convient alors de tout dire au vieillard, qui reçoit l’aveu d’un air de mansuétude, et promet d’unir sa fille à l’ouvrier mineur, dès que celui-ci aura conquis ses titres et ses grades dans la carrière. Le jour ne se fait pas attendre. Bientôt le jeune apprenti découvre une riche veine dans la mine, et reçoit du grand-duc de Bohême, en récompense, une chaîne d’or, accompagnée du diplôme qui lui assure la survivance du vieillard dans les fonctions de maître des mines de l’état. Le père, de son côté, tient sa parole ; on célèbre la fête en plein air, et les bénédictions de toute la confrérie conduisent les deux époux jusqu’au seuil de la chambrette nuptiale.

Le constant voisinage du danger inspire au mineur comme au pilote le respect des choses saintes, le culte de la Providence. Rien n’élève le cœur humain comme l’abîme. Né pauvre, le mineur s’en retourne comme il est venu ; il lui suffit de savoir où gisent les puissances métalliques, et d’aider à les extraire de leurs sombres cavernes. Insensible à l’éclat qui fascine le monde, il se réjouit plus de leurs formes bizarres, du merveilleux dont s’entoure leur origine, que de leur possession si convoitée. Une fois transformés par la flamme ou le marteau, l’or et l’argent cessent de l’attirer, et ces trésors, qu’il arrache aux entrailles de la terre au prix de sa sueur et de sa vie, ne sont plus à ses yeux que des marchandises dont il dédaigne de suivre le cours.

Ni les passions de la vie ni le tumulte du monde n’affectent son ame, que le désir de connaître occupe seul. Par momens, le souvenir de sa famille et de ses amis lui revient comme pour lui rappeler son origine, et que d’impérissables liens le rattachent à cette humanité qui s’agite au soleil ; là s’arrêtent ses distractions, car l’élan intérieur qui l’entraîne ne permet pas qu’il s’oublie en d’inutiles pensées. Il a affaire à une terrible puissance, à des forces âpres et mystérieuses, dont son travail incessant, une vigilance de toutes les heures, peuvent seuls venir à bout. Mais aussi quelle fleur précieuse s’épanouit pour lui au fond de ses thébaïdes souterraines ! l’amour religieux, l’amour divin, une foi sincère et cordiale en cette Providence dont la sollicitude s’étend sur ses jours, et qu’il adore dans ce crucifix de bois où ses yeux baignés de larmes se reposent si souvent aux lueurs de la lampe ! Et puis ne voit-il pas dans son art le symbole de l’existence ! Ici la veine est ouverte et facile, mais pauvre ; plus loin le roc la presse en quelque gorge étroite, en quelque fente de chétive apparence, et là justement abondent les trésors. Chemin faisant,