Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/864

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elle rencontre d’autres veines moins nobles, s’égare au milieu d’elles, et va s’appauvrissant jusqu’à ce qu’un filon fraternel s’associe à son cours et rehausse à l’instant sa valeur. Souvent elle se brise en mille branches ; mais le mineur patient poursuit son but sans se laisser distraire, et découvre, en récompense de son zèle, toute une étendue de bon rapport. Une branche trompeuse le détourne-t-elle du vrai sentier, il reconnaît sa faute, et coupe hardiment en travers jusqu’à ce qu’il retrouve la veine légitime et féconde. L’homme des mines étudie ainsi la destinée, se familiarise avec tous ses caprices, et demeure à la fois convaincu que le travail et la persévérance sont les seuls moyens infaillibles pour se la soumettre et conquérir les trésors qu’elle défend avec obstination. Comme on pense, les mineurs ne manquent pas de refrains joyeux, de vives et charmantes poésies, de romans colorés et pittoresques. Leur vocation elle-même les porte à chanter, et la musique est la compagne bienvenue de leurs travaux. Tel lied qu’on entonne gaiement vaut un coup de bon vin pour la joie et la santé qui vous en reviennent au cœur. La musique est la prière des gens qui travaillent au sein de l’abîme. Elle leur rappelle leurs souvenirs d’en haut, leurs espérances les plus douces, tout, jusqu’à leurs amours, jusqu’à leurs illusions, car elle éclaire leur solitude souterraine avec le rayon le plus pur du soleil de la patrie.

Celui-là règne sur la terre
Qui mesure sa profondeur,
Qui dans son gouffre solitaire
Oublie amour, joie et douleur ;

Qui connaît l’âpre architecture
De ses membres faits de granit,
Qui, sans relâche, s’aventure
Dans son atelier infini.

Il lui consacre sa pensée,
Il lui donne la foi du cœur ;
Comme au sein de sa fiancée,
Il puise en elle son ardeur.

D’une amour profonde et nouvelle
Chaque matin il la poursuit,
Ne s’épargne ni soin ni zèle,
Et ne prend sommeil ni répit.

Elle est là, vivante et profonde,