Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/881

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ture française, concourent sans doute puissamment à propager au dehors tout ce qui s’imprime à Paris ; cependant il faut surtout voir là un fait industriel. Les livres français sont annoncés dans de pompeux manifestes u’on colporte d’un bout à l’autre de l’Italie ; des commis-voyageurs, qui traversent dans tous les sens ce pays, offrent d’une main du Bordeaux-Lafitte, et de l’autre les œuvres de M. de Lamartine. Des correspondances régulières sont partout établies avec les libraires, et des services de contrebandiers sont organisés pour introduire en Italie les ouvrages français, malgré la censure et les douaniers. Quant aux livres italiens, non-seulement au-delà des Alpes on ne fait aucun effort pour les répandre en France, mais il n’existe nulle part à Paris une maison de librairie où l’on puisse s’adresser pour faire venir un livre de Rome ou de Sicile. Tout se fait par correspondance particulière, il faut se servir d’une foule d’intermédiaires ; et souvent après avoir écrit, dix lettres et attendu trois ans, on reçoit une réponse négative, si on a le bonheur d’en recevoir.

L’état politique de l’Italie, qui n’a ni capitale ni centre industriel, augmente évidemment la confusion et les difficultés. Dans ce pays où l’on imprime à la fois dans cent endroits différens, il faudrait du moins que le commerce intérieur fût très facile, de façon que les libraires étrangers n’eussent qu’à s’adresser à une seule ville pour faire leurs commandes, comme ils peuvent le faire par exemple pour l’Allemagne. Mais là les libraires ont la foire de Leipzig, et l’on est loin de songer à établir une foire semblable en Italie. Comment peut-on espérer d’y parvenir lorsqu’on voit le pape s’opposer avec tant d’obstination à ces congrès scientifiques qu’on a établis depuis peu de temps en Italie, et défendre si sévèrement à ses sujets d’assister à des réunions qui se tiennent sous les yeux du roi de Sardaigne ou du grand-duc de Toscane, et que l’Autriche tolère même dans le royaume lombardo-vénitien ? Dans les grands états, où tout aboutit au centre et où les moyens de communication intellectuelle sont rapides et assurés, ces réunions sont sans objet et sans résultats réels ; en Italie, au contraire, où tout est à faire, où l’on doit lutter contre toute sorte d’obstacles, ces congrès ne peuvent qu’être d’une grande utilité, et il faut louer sincèrement les princes qui, malgré la mauvaise humeur de la cour de Rome, savent encourager des conférences, où, après tout, on ne parle que de sciences physiques et mathématiques, d’histoire naturelle et de médecine.

Au moment où nous écrivons, le troisième congrès italien s’ouvre à Florence, et l’on peut être assuré que les savans seront noblement