Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/919

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« Les bleus sont terrifiés. La défaite de la célèbre armée de Mayence les a fort abattus. Nos gens sont électrisés. L’armée est toujours unie. Nous regorgeons de vivres et de munitions. A bientôt du meilleur. Je vous embrasse. Vive le roi ! »

Ces notes avaient été rédigées sur des renseignemens qui couraient le pays, et sur de véritables lettres de Gaston que Mlle de La Charnaye conservait et triait avec soin. Le marquis avait écouté avidement ; il jeta les bras au cou de sa fille. – Allons, tout va le mieux du monde ; le cher enfant, il ne dit pas un mot de lui ; c’est la modestie qui convient à un jeune officier, mais je suis sûr qu’il fait son devoir… Colombe ! cria-t-il, appelez Colombe afin qu’on aille prévenir le curé de ces bonnes nouvelles.

Ils allèrent ensuite se promener dans le mail. – Maintenant, disait le marquis se parlant à lui-même, si les chefs sont sages… J’ai grande confiance en M. de Lescure et en M. de Bonchamps… Si les chefs sont habiles et prudens, ils exécuteront promptement et hardiment leur projet d’invasion au-delà de la Loire. Au surplus, s’ils veulent me faire l’honneur d’écouter l’avis d’un vieil officier, je vous dicterai des vues qui me sont venues là-dessus et que vous écrirez en mon nom.

Le curé vint les rejoindre, Mlle de La Charnaye s’était ouverte à lui de son innocent artifice, et il était parfaitement instruit de l’étrange situation de son père. C’était un digne homme, assez simple, que les discours et l’enthousiasme du marquis étonnaient toujours. Mlle de La Charnaye l’avertit d’un signe quand il arriva, car la consternation régnait dans la paroisse à cause des mauvais bruits qui étaient survenus.

— Eh bien ! monsieur le curé, dit le marquis, savez-vous où nous en sommes ? Cette terrible armée de Mayence est détruite ; trois défaites coup sur coup. Qu’est-ce donc qui nous empêche de marcher sur la convention ? – Le curé regarda le marquis ; Mlle de la Charnaye surveillait le curé. Après quelques mots de part et d’autre et des commentaires sur les prétendues nouvelles, M. de La Charnaye, reprenant le cours de ses réflexions : — Tout cela est bel et bon assurément ; mais à quoi sert de nous épuiser dans nos provinces, où nous serons tôt ou tard écrasés ? Dans l’état présent d’anarchie et de guerre étrangère, une seule victoire sur la route de Paris nous en ouvrirait les portes. Qui sait les villes, les provinces et la quantité de bons citoyens qui n’attendent que le moment de se déclarer ? Non, toute la France n’est pas ivre du sang de son roi ; non, cet excellent peuple