Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/931

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suadé que Gaston n’est point revenu parce qu’il a deviné mon sentiment.

On regarda Mlle de la Charnaye, qui baissait ses yeux humides.

— Au surplus, reprit le marquis, je n’y entends rien, et je n’en saurai probablement pas davantage, si vous ne prenez la peine de me détailler vos opérations.

Les gentilshommes s’entreregardèrent. Mlle de la Charnaye adressa un coup d’œil suppliant à M. de Vendœuvre. M. de Vendœuvre prit la parole, et, la consultant du regard, raconta en gros, avec précaution, ce qu’il supposait qu’on avait dit au marquis, sauf quelques contradictions qu’il se hâta de rectifier sur ses promptes réclamations. – Vous allez voir, interrompait le marquis, que je sais mieux les mouvemens que les officiers qui les commandaient… Mais je sais fort bien aussi, ajouta-t-il en souriant, que cela est commun en campagne, et que le soin des détails masque l’ensemble. – En effet, reprit M. de Vendœuvre, vous savez pour le moins aussi bien que moi la marche progressive de l’expédition. Quand aux plans ultérieurs, nous les ignorons ; le conseil s’est recruté depuis peu de hauts personnages. Nous autres petits officiers, nous n’y avons point d’accès. Il faut se contenter d’obéir. – C’est pourquoi, sans doute, on n’a fait aucun cas de mes avis, dit le marquis ; je m’y attendais. Il s’agit bien d’étiquette dans les circonstances où nous sommes. C’est moi, pourtant, qui ai parlé le premier de marcher sur Nantes. Il m’en souvient, je le disais à M. de Granzay. N’est-ce pas, monsieur de Granzay ?

Il attendait la réponse, mais personne ne répondit. M. de Granzay était mort à l’affaire du Moulin-aux-Chèvres ; les officiers consternés se regardèrent. – M. de Granzay n’est-il pas là ? reprit le marquis. – Il était pressé d’affaires dans sa terre, il y est allé, dit M. de Vendœuvre. – Il vous le dira à son retour, dit le marquis ; j’avais proposé mon plan à Fontenay, mais alors nous étions loin de prévoir les victoires de Saumur, de Torfou, de Chollet. A ce propos, il faut que je vous félicite, monsieur de Thiors ; je sais comment vous vous êtes conduit à Chollet, et j’ai reconnu le brave camarade que j’avais l’honneur de commander à Thouars.

Il y eut encore un profond silence. M. de Thiors avait été tué à cette même bataille de Chollet si funeste aux royalistes. – Monsieur de Thiors, où êtes-vous ? dit le marquis en tournant le visage çà et là comme cherchant des yeux. Ce regard éteint perça au cœur tous les assistans. – M. de Thiors est en commission avec un détachement,