Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/947

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elle allait parler, quand un froissement dans les herbes et des pas précipités qui approchaient achevèrent de lui oter toutes ses forces. Elle distingua une forme humaine dans le taillis. Un éblouissement l’aveugla, elle ne put que pousser un cri. – Holà ! s’écria le marquis ; personne ne viendra-t-il au secours de mon enfant ? – Un homme parut. – C’est vous, mademoiselle ? C’est moi, c’est Paulet, n’ayez pas peur. — Que le diable t’emporte ! dit le marquis.

Mlle de La Charnaye était évanouie, on s’occupa de lui donner des soins. Paulet avait de l’eau-de-vie dans une gourde, il en mouilla les temps et les lèvres de la jeune fille ; elle rouvrit les yeux, il lui fit manger une bouchée de pain, et sans songer à répondre au marquis : — Allons, courage ! dit-il, courage ! à quelques pas d’ici nous serons tranquilles, il y a bien long-temps que je vous cherche. – Il les prit chacun par un bras, et les entraîna du côté par où il était venu.

Ils arrivèrent à une lutte de chappuseurs, une de ces cases où le paysan du Bocage se retire dans les loisirs de l’hiver pour chappuser, c’est-à-dire équarrir du bois et façonner ses outils aratoires. C’était une cabane creusée à demi dans la terre, et dont le toit, fait de branchages, était presque au niveau du sol et se confondait à s’y tromper avec dees tas de fagots amoncelés de tous côtés. On distinguait parfaitement de cet endroit tous les bâtimens de Vauvert, et l’on était pour ainsi dire au pied des murs ; mais Paulet insinua à Mlle de La Charnaye que cette cache était la meilleure, parce qu’on ne songerait pas à les chercher si près du château. Puis, la tirant à part, il lui raconta ce qui lui était arrivé. Il avait été pris en effet par une détachement dont l’officier lui avait sauvé la vie, et cet officier n’était autre que le frère de Mainvielle l’ancien valet de chambre de monsieur le marquis. Le capitaine Mainvielle s’était informé de la famille de M ; de La Charnaye, se montrant très empressé de la secourir, et c’était lui-même qui les avait laissé passer dans le bois de l’Ermitage, au risque de se compromettre vis-à-vis de ses supérieurs. Enfin le brave militaire, après l’avoir arraché à la fusillade, lui Paulet, l’avait pris en apparence pour servir de guide et d’espion à sa compagnie, mais en réalité pour se concerter avec lui sur les moyens d’être utile à son ancien capitaine, M. De La Charnaye, dont il savait tyous les malheurs. Paulet dit aussi que tout allait assez bien, mais qu’il fallait encore user des plus grandes précautions, parce que le capitaine Mainvielle lui-même ne pouvait les secourir qu’en se cachant, et risquait sa vie pour eux. Il ajouta qu’il reviendrait dans peu les avertir de ce qui se passerait, et s’en alla en leur laissant un peu de pain qu’il avait sur lui.