Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/987

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mens, entretiendra-t-on tout le matériel de guerre ? Gardera-t-on les cadres de l’armée tels qu’ils sont ? Les diminutions atteindront-elles les armes spéciales, la cavalerie, tout ce qui demande pour être formé beaucoup de soins, beaucoup de temps ? Enfin, et c’est le point le plus essentiel peut-être, que fera-t-on de notre flotte ? Nous serions heureux d’apprendre que les réductions projetées ne touchent ni les fortifications, ni de matériel, ni les cadres, ni la flotte, qui sont, ce nous semble, les fondemens de notre puissance militaire.

Au surplus, nous n’avons aucune connaissance des résolutions du gouvernement sur toutes ces questions. Aussi devons-nous nous abstenir aujourd’hui. Répétons seulement ce que nous disions il y a quelques mois : toute économie qui consisterait à diminuer le nombre des fantassins sous les drapeaux sans décomposer l’armée, peut être accueillie avec faveur, même par les hommes les plus susceptibles à l’endroit de la puissance nationale. La France peut improviser des fantassins. Tout autre réduction obtiendrait difficilement l’assentiment de ces mêmes hommes, et pourrait paraître un retour vers ces erreurs que nous avons dû réparer à la hâte, trop à la hâte peut-être.


— La mort de M. Bertin l’aîné a été considérée comme une perte pour la presse dont il était un vétéran. Le premier peut-être en France il avait compris cette grande machine qu’on appelle un journal ; celui qu’il a fondé avait pris dès le début, en 1800, le caractère d’une institution. Quoique éloigné depuis long-temps de la direction active du Journal des Débats, son nom y restait attaché, son conseil au besoin était là. Il y maintenait certaines traditions essentielles dont il ne faudrait pas se départir. Ceux qui l’ont connu personnellement regrettent en lui un grand sens et une expérience qui n’avait pas usé toute la générosité d’une forte nature. Il était le plus ancien ami de M. De Châteaubriand, et cette amitié-là lui faisait comme une fidélité.


— Les théâtres ne font guère parler d’eux, du temps qui court, et chôment en attendant novembre ; l’Opéra surtout se montre d’une discrétion exemplaire, et, loin d’importuner le public par toute sorte de nouveautés qui ne lui laissent pas le temps de respirer, s’efface si bien, qu’on finirait par l’oublier tout-à-fait sans les mésaventures qui ne cessent de l’assaillir. Un jour c’est le représentation du Comte Ory qui manque, le lendemain c’est Robert-le-Diable, qui ne peut aller jusqu’au bout. Mlle Roissy, après avoir remplacé Mme Stoltz dans le page, a besoin elle-même qu’on la remplace dans Alice ; de là ces spectacles excentriques où vous voyez deux acteurs s’exercer dans le même rôle, où Mlle Roissy, vient reprendre le trille indéfiniment suspendu de Mme Stoltz, où Mlle Dobrée achève ensuite à son tour ce que Mlle Roissy a commencé. Nous nous sommes plusieurs fois élevés contre les mesures de l’administration ; mais, en vérité, en présence de ce qui arrive, nous n’avons plus le courage de blâmer, il faut plaindre. Est-ce la faute du théâtre si Mme Stoltz reste court au milieu de ses rôles, si la voix de Duprez s’en va note par note, si nulle production sérieuse ne se prépare dans l’avenir,